A la prison de Rebeuss II

La liberté n'a pas de prix et n'aura pas de prix, m'a-t'il dit.

A Rebeuss : on te plonge et te replonge dans l’enfer carcéral ! Suite et fin.rebeuss-noel-1.jpg

 - En prison, on est impuissant. Impuissant, dans la mesure où on ne peut rien faire à partir de sa cellule. On est obligé de recourir à l’assistance des autres, de ceux qui nous servent d’appui. Leurs actions nous apportent du baume au cœur.

 Nous avions, à cet instant, voulu savoir s’il bénéficiait du soutien de sa famille. Sa réponse fut évasive. Il nous a juste dit ne pas avoir sollicité que sa femme, enceinte, ne souffrît encore plus. Entre les lignes, nous comprîmes que son principal interlocuteur était son ami intime avec qui nous venions de nous entretenir. (lire première partie).

 Il nous fit savoir qu’il était très remonté contre les avocats, principalement contre le sien.  Il lui reproche son manque de sérieux. En dépit de la perception de ses honoraires, il est responsable de deux des quatre renvois d’audience dont il fut l’objet.

 La première fois, il avait sollicité un renvoi car il ne s’était pas bien imprégné du dossier ; la seconde fois était due à une fâcheuse coïncidence qui fit qu’il ne put plaider concomitamment dans deux salles. En effet, il plaidait dans la salle 7 alors qu’il l’attendait dans la salle d’à-côté.

  Sur la question relative à son recours durant ces deux mois pour garder le moral. Il soutint ceci :

 A l’intérieur, je priais énormément. Ce séjour carcéral a, au moins, raffermi ma foi. Sur un tout autre registre, je fumais beaucoup, pour « tuer le temps ».     La dureté de la prison est telle que certaines choses qu’on a tendance à banaliser dehors, à l’instar de cette miche de pain de cet enfant, valent de l’or dedans. Ce qu’on nous servait comme alimentation est indescriptible et inadmissible. Que ceux qui ont des connaissances en prison leur viennent en aide !

 Dedans, tu as l’impression d’être en classe. On y fait l’appel deux fois par jour : le matin et l’après-midi, pour vérifier si personne ne manque à l’appel.

 Vous voyez les réalités sont dures à Rebeuss. Le temps semble fonctionner au ralenti.

 Sans transition, il m’apprit ceci :menotte-02-med.gif

 L’argent que tu viens de déposer, le prisonnier ne verra pas sa couleur. Il l’utilisera sous forme de bons à la boutique.

 Ce petit-déjeuner et ces cigarettes que tu m’as offerts sont très précieuxSais-tu, en sus, qu’en prison j’endurais une souffrance silencieuse qui fait que si certaines choses étaient à refaire, pour rien au monde je ne les referais.

 S’il y a un point sur lequel il a insisté c’est sur la portée des actes posés. Pour lui, chaque jeune doit réfléchir sur les conséquences de ses actions. Nombreux sont, parmi les jeunes,  ceux qui agissent inconsciemment et tombent dans la facilité. Généralement, ils sont des victimes de leurs mauvaises fréquentations. Avec des amis qui les poussent à faire ce qu’ils ne devraient jamais faire. 

J’en suis arrivé à cette conclusion car j’ai appris beaucoup de choses en prison.

  Permets-moi de te faire part de ces cas j’ai rencontré à Rebeuss un détenu ayant purgé une peine de quinze jours à cause d’un couvercle de marmite ; un autre qui est resté durant un mois aux cent mètres carrés (trivialement appelé 100m) suite à une affaire de pantalon jean coûtant 4000francs. Sans compter ces innocents qui s’y trouvent et ces gens pris à la veille de la venue de Barack Obama à Dakar.

 En prison, tous les détenus sont innocents, c’est ce qui s’y dit. Dans nos discussions, entre détenus, nous connaissons, à peu prés, la peine encourue par ceux qui ont maille à partir avec la justice.

Etant donné que mon interlocuteur avait hâte de tout me raconter, étant donné qu’il avait la nostalgie des discussions à l’air libre, étant donné qu’il se comparait à une radio je me contentais de poser des questions avant de le laisser argumenter. Il n’a pas hésité de magnifier le travail que je pourrais faire avec ses témoignages. Il me disait : « tu pourras sensibiliser les gens à travers tes écrits. De fait, ils feront attention. »

 apple-iphone-4-32-go-1.jpgProfitant d’un moment de répit, je lui fis part d’une anecdote : la veille de notre rencontre, un gars, sans jugement de valeur aucun, de teint noir dreadlocks à la tête, habillé en jean et polo, du haut de ses chaussures de sport, m’interpella devant le Centre Culturel Blaise Diagne alors que je revenais de l’Inspection d’Académie. Après salutations, il me proposa un terminal « IPhone 4 », selon ses dires. Je déclinai son offre, prétextant ne pas avoir assez de sou. Franchement parlant, le produit ne m’intéressait pas eu égard à l’absence de garantie, de fiabilité, etc.

 Le gars m’avoua que le troc pouvait se faire autrement : il suffirait que je lui remette mon portable et une somme d’argent pour qu’il me donnât le sien.

 Un épisode similaire, banal à bien des égards, est, par ces temps qui courent, à l’origine  du séjour à « l’hôtel zéro étoile » de plusieurs détenus. Attention à ces portables vendus sur le marché noir sans facture, ni emballage ni garantie, etc. Il y en a qui croupissent en prison pour avoir acheté un portable volé ou un portable faisant partie de pièces à conviction à la suite d’un meurtre.

 Tu vois, me dit-il, il faut rester sur ses gardes. Il renchérissait : seule une bonne éducation de base peut aider à faire face aux péripéties de la vie.

 Au bout de plus de deux heures d’entretien, nous sentions, chacun pour sa part, la nécessité de prendre congé l’un de l’autre. Pour conclure, je lui rappelais cette maxime : « la liberté n’a pas de prix ». Il saisit la balle au rebond en  disant la liberté n’a pas de prix et n’aura pas de prix.

 En se quittant, il formula cette prière : qu’Allah Le Tout Puissant t’épargne la pénibilité de la prison.

 Amine, lui disais-je. Qu’il en soit ainsi pour vous qui lirez ces lignes.

FIN

 Diallo Ibnou

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Date de dernière mise à jour : mercredi, 21 septembre 2016