Jeu avec les slogans

des candidats

220px-abdoulaye-wade.jpgJeu de mots avec les slogans des candidats

On entrevoit le bout du tunnel. En cette fin de campagne électorale, nous nous donnons la liberté de jouer avec les mots en  nous intéressant une nouvelle fois à la posture des candidats-joueurs qui prendront part au match électoral du 26 Février 2012. Nous tenterons dans ces lignes qui suivent de passer en revue les formules d’accroche utilisées dans les opérations de communication des prétendants.  

Nous nous permettrons d’abord un petit détour pour souligner cette soumission des candidats à la torture des logiciels tels que Photoshop, PhotoFiltre ou d’autres beaucoup plus performants pour procéder à la retouche de leurs images.  On se demande si certains infographes ou maquilleurs n’ont pas carrément exagéré au point de proposer des affiches au niveau desquelles un même candidat se retrouverait avec deux couleurs de peau différentes. Tandis que sur d’autres affiches on s’arrangeait de façon à faire disparaître ou apparaître certains traits qu’on ne retrouverait pas dans la réalité. Un président de la république  qui incarne la plus haute autorité   ne gagnerait-il pas à rester naturel avant de donner l’impression de se comporter tel un mannequin. Pratiquement tous les candidats se sont arrangés pour paraître plus jeunes.

Des millions de francs ont été investis dans des opérations marketing. Nos prétendants tels des produits proposés par des sociétés ou des firmes internationales sont exposés par le biais de leurs affiches au coin des rues pour l’embellissement des quartiers ou plutôt pour une opération de charme, la publicité aidant. Les formats des affiches différent du plus petit format  au plus grand suivant les portefeuilles de nos présidentiables de 2012. En effet,  les candidats rivalisent d’ardeur et de moyens, et les propriétaires des agences de communication se frottent les mains.  La bataille des affiches est une réalité sur toute l’étendue du territoire. Le badigeonnage fut érigé en mode opératoire. On assista à des scènes surréalistes avec des posters déchirés, salis avec de l’huile de voiture, etc.

Cet acte de sabotage n’obéit à aucune logique partisane. Au départ, il parait évident que le badigeonnage soit le reflet d’une rivalité politique mais nous nous sommes rendus compte du fait que les affiches d’un même candidat pouvaient être sabotées : sur la place Nation communément appelée  place de l’obélisque, une affiche en petit format était plaqué sur un poster géant du même acteur politique .

Slogans accrocheurs:

images-1-1.jpgdiouma-dieng.jpgDiouma Diakhaté : Elle vient bousculer les règles en quittant l’univers de la mode pour le milieu tortueux de la politique. L’annonce tardive de sa candidature  explique sûrement l’absence d’un site internet conçu pour ce scrutin présidentiel. En lieu et place son équipe de campagne nous propose son adresse mail. Elle soutient  que le travail est essentiel « Liguey moy lepp», et  avec Douma vous ne vous êtes pas trompés « Ak Diouma Dioumouleen ». Le verdict des urnes nous donnera une idée sur ceux qui auront vu juste en votant pour elle. Elle aurait dû préciser ne pas être partisane du travail des enfants. Ses discours résonnent toujours dans nos salons, on avait besoin d’elle dans cette campagne inédite.

amsatou-sow-sidibe.jpgAmsatou Sow Sidibé : Cette universitaire a réussi son entrée en matière. Cependant ses habitudes de professeure d’université la tenaillent. Son message est véhiculé par l’adresse de son site où elle invite chaque sénégalais à prendre sa présidente : amsapresidente. Amsa est aussi un diminutif de son prénom. Ce nom de domaine n’expliquerait-il pas une volonté de quitter le cercle restreint des universitaires afin de ratisser large.   



oumar-khassimou-dia7.jpgOumar khassimou Dia : Ce jeune candidat qui a mené sérieusement sa campagne prône une alternance générationnelle. Il invite chaque  sénégalais à vivre à la sueur de son front « Niakk jerignu». Attention à ceux qui continuent de tendre la main pour s’en sortir, arguant la pénibilité de la vie.

Mor Dieng : Notre expert comptable met en avant son expérience pour proposer des voies de sortie de crise. Il remet au grand jour cet adage selon lequel « la vérité finira par triompher », son message est clair : « degg mooy muuj ». Il est investi par le parti de l’espoir YAAKAAR. Eh oui il a raison d’espérer et d’inviter ses concitoyens à faire comme lui.

Djibril Ngom : Son curriculum vitae est très riche et il le fait valoir à juste titre. Avec son nom provocateur le Grand Mouvement(GM), il se place comme étant L’HOMME DE LA RUPTURE. Encore faudrait-il préciser de quelle rupture il s’agit et si elle sera brusque ou négociée vu que l’habitude est une seconde nature.

3097001-4422387.jpgIdrissa Seck : Il est l’un des candidats de la célèbre avenue Ponty. Il pèse très lourd. Les moyens investis ne nous démentiront pas son cortège n’a rien à envier à celui de l’actuel président. Idy comme on l’appelle affectueusement nourrit l’espérance, plus qu’un simple espoir d’être le quatrième président de notre république « idy4president». Reste à savoir s’il sera élu en 2012 ou en 2019. Il incarne le peuple rewmi son parti. Il affirme sans ambages que le peuple est debout « REWMI JOGNA». Permettez-nous juste de nous asseoir un peu quand on sera sous le coup de la  fatigue.

cheikh-tidiane-gadio-candidat-a-la-presidentielle.jpgCheikh Tidiane Gadio : Avec ses affiches il nous montre la voie. Le Sénégal se perd toujours dans le groupe des pays pauvres très endettés. Il voudrait établir une alternance citoyenne pour libérer les énergies. Mais dîtes donc de quelles énergies parlez-vous ? Des énergies renouvelables ou des énergies positives qui se trouvent au for intérieur de chaque citoyen. Il propose de nourrir, éduquer, soigner mais oublie de dire à quel prix.

images-3.jpgMacky Sall : Il est très impressionnant avec les moyens déployés pour mener à bien sa campagne. Il s’est déjà mis dans ses habits de président de la république après l’assemblée nationale. Intransigeant pour la tenue de l’élection présidentielle, malgré cette électricité qui se trouve dans l’air. Sa tactique politique est un peu floue durant la campagne. Il a pris le départ avec le mouvement du 23 Juin avant de laisser ses camarades dans la capitale. Son message « Yoonu yokkute » Agir ensemble pour le développement.

images.jpgMoustapha Niasse : Homme d’État qui bénéficie d’une confiance considérable d’où sa large coalition non négligeable. Il devrait donner beaucoup plus de gages en dépassionnant le débat. C’est normal qu’il en veuille au président Wade mais un peu de retenue n’y changerait rien. Son choix s’explique quand on tient compte de sa promesse sur le coran de respecter les conclusions des assises et de ne faire qu’un mandat. Son message en trois « 1 » est clair : un président, 1 mandat et 1 équipe. S’il y a des joueurs qui ne sont pas performants promettez-nous s’il vous plaît de les remplacer avant qu’on n’assiste au Parti Démocratique Sénégalais  bis. Il a mis d’importants moyens dans cette élection qui sera sans doute la dernière présidentielle à laquelle il prendra part, eu égard à son âge. Il a la carrure d’un homme d’état, son passage au parti socialiste l’explique. Il utilise à son compte le titre de la coalition de partis politiques qui avaient renversé la tendance lors des élections locales de 2009. Il se dit candidat de l’unité et du rassemblement « BENNO SIGGIL SENEGAL ».

wade.jpgAbdoulaye Wade : Ses slogans sonnent comme des aveux de taille. Au moment où une vague d’indignation liée à son souhait de briguer un troisiéme mandat jugé anti constitutionnel, il soutient « weddi gis bokku ci » en d’autres termes les faits parlent d’eux-mêmes. Merci pour cette trouvaille et pour d’autres notamment « C’EST LUI QUI RASSURE », le seul hic c’est qu’à ce niveau la cellule de communication a oublié de conjuguer le verbe « rassurer » à l’imparfait de l’indicatif on aurait eu « c’était lui qui rassurait ». Quand un président parle de brise pour caractériser la mort de ses compatriotes de simple brise, il y a lieu de s’inquiéter. S’il vous comment peut-on investir des millions de francs dépêchés des occidentaux pour sa communication pour nous proposer un slogan du genre « Le Sopi toujours en marche ». Le message ne prête pas à équivoque donc la mouvance actuelle va céder la place à un nouveau régime en 2012. Merci mille fois l’hyperbole est permise.

ousmane-tanor-dieng.jpgOusmane Tanor Dieng: C’est oui lit-on sur les affiches. Après sa mise à l’écart au sein du Benno Siggil Sennegal, il met en place son Benno ak Tanor. A la tête d’une coalition, il bénéficie du soutien de cadres et d’hommes d’état. Ses slogans constituent des répliques pour redorer le blason du pays en le dotant d’institutions fortes. Il prône une république des valeurs. Il met en avant les vertus républicaines d’intégrité et de réserve avec son triptyque : Jub, mandu,deggu.  Il lui faudra être charismatique pour vendre la marque socialiste. Beaucoup de concitoyens pensent que l’ancien régime n’avait rien fait en quarante ans alors qu’une telle affirmation mériterait d’être revue : les socialistes nous auront au moins laissé une république avec des compétences avérées à la tête des départements ministériels.

542003-683782.jpgCheikh Bamba Diéye: Sa témérité n’est plus à démontrer, homme de principe, il a tenu à braver l’arrêté ministériel qui interdisait les manifestations sur la place de l’indépendance. Nous ne cachons pas notre indignation après avoir suivi ce traitement violent qu’il a subi de la part de la police nationale. Ce candidat bénéficie de l’estime de beaucoup de ses concitoyens qui lui reprocheraient son jeune âge. Dans sa profession de foi, il nous invite avec vigueur à changer le Sénégal, ce qui « est à notre portée ». L’entreprise est colossale en vue de la reconstruction d’un État fort et moderne. Ne faudrait-il pas changer les mentalités dans un premier temps ?     

images-6.jpgIbrahima Fall: Professeur de droit ayant eu à représenter notre pays aux Nations Unies, il a mené à l’image de Cheikh Bamba Diéye et de Idrissa Seck une campagne tumultueuse, dans sa tentative de se rendre sur la place de l’indépendance les deux dernières semaines. La police ne l’aura pas raté ce qui est regrettable. Son attitude héroïque répond à son slogan accrocheur « TAXAW TEMM », se mettre debout pour veiller au grain. Son sursaut patriotique transparait lorsqu’il souligne sur ses affiches être au service de la population : « NGIR ASKAN WI ». L’histoire retiendra que vous vous êtes battu de toutes vos forces pour le respect du droit que vous enseigniez et des droits des citoyens.

Doudou Ndoye: Il met en avant le JAMMO ou la paix sociale. Monsieur Ndoye nous invite à aller « ensemble ». 3228574-4621077.jpgOubliant au passage de préciser la destination, il nous demande de soutenir cette candidature pour le travail de nos enfants, c’est sûrement une faute de frappe du côté de l’imprimerie, il nous dit aussi pour la richesse au monde rural et là il faudrait que nous retournions dans nos villages, ça supposerait qu’il y ait des infrastructures j’espère. Il nous donne des assurances lorsqu’il évoque la justice et la paix pour rester fidèle à sa promesse. PAIX DONT NOUS AVONS TANT BESOIN.

Il nous a paru ludique de passer au crible les slogans utilisés par les candidats à l’élection présidentielle. L’ordre d’apparition des différents prétendants n’obéit à aucune logique, nous avons juste voulu réserver les deux premières places aux femmes. Loin de nous toute prétention à chacun son choix électoral.

M. DIALLO IBNOU

Doctorant és Lettres Modernes, Option Grammaire Moderne

Professeur de Lettres Modernes ( ibndiallo@gmail.com)

 

 par Ibnou Diallo, vendredi 24 février 2012, 10:53 ·

 

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Date de dernière mise à jour : samedi, 15 juin 2013