Cheikh Anta Diop à l’honneur

Texte trente septième

Avant l’islam, l’enfant était marqué par la période qu’il passait avec les autres éléments de sa génération à l’occasion de la circoncision : elle dure un mois approximativement, le temps nécessaire à la cicatrisation de l’opération. Ordinairement, c’était à l’âge de 20 ans qu’on était circoncis. La coutume est altérée en Afrique musulmane où l’on circoncit l’enfant le plus tôt possible entre 6 et 10 ans pendant la période de l’école coranique. Quoi qu’il en soit, tous les groupes de circoncis forment des classes d’âge qui sont initiées aux secrets de l’Univers le même jour, qui sont acceptées et intégrées ainsi dans la société le même jour à la fin de l’épreuve.

Un lien de solidarité s'établit qui durera toute la vie: il implique le soutien mutuel en cas d'infortune, la loyauté, la franche camaraderie, une saine familiarité. Ce lien est plus fort que celui qui unit deux soldats ayant appartenu au même corps car on éprouve une sorte de crainte religieuse, morale, à le briser, à ne pas respecter les obligations qui en dérivent; on est, selon une expression wolof, des "mbok Lel" c'est-à-dire des ressortissants du même local. Le "local" est l'établissement de fortune que l'ensemble des circoncis se construisent eux-mêmes en dehors du village, loin de toute habitation, loin des femmes surtout. Un aîné déjà circoncis dirige toute l'activité du local, pendant tout le séjour, grâce à son expérience. Lui, qui est déjà initié, s'emploie, aidé de quelques autres camarades de la même génération, à initier durant un mois ses jeunes cadets. Durant le jour, on va à la chasse, armé de deux bâtons(les lenguè) qui permettent d'abattre la volaille lorsqu'on fait irruption dans un village pour se ravitailler de vive force. La tradition tolère cette sorte de rapine dans ces circonstances. On a le visage enduit de cendres au point d'être méconnaissable. La nuit, on est réuni autour du feu du local pour chanter et déchiffrer les énigmes du Selbè (le sous-chef du local). De tels chants constituent la plus pure poésie populaire laïque de l'Afrique noire : ils mériteraient d'être recueillis d'un bout à l'autre du continent. Ils contiennent presque tous des énigmes que le circoncis doit déchiffrer; il doit comprendre et expliquer la signification des allusions qui y sont faites, le vrai sens de ce langage particulier. Par l'entraînement auquel est soumis le circoncis, la discipline à laquelle il est astreint, le local rappelle sur plus d'un point la caserne : il parachève l'éducation, marque le passage à l'âge mûr, l'entrée dans la "cité" au sens antique du terme.
                                      Cheikh Anta Diop, L'Afrique noire précoloniale.


                                      Quelques axes de lecture
Un univers de croyances traditionnelles

- Les réalités de la case de l'homme
-Repérage et interprétation de figures de style : comparaison, énumération, pléonasme, etc.

Point grammatical
Homophones grammatical

Plus tôt / plutôt

Lien utile : Parlons orthographe

 

 

 

 

 

Aucune note. Soyez le premier à attribuer une note !

Date de dernière mise à jour : dimanche, 08 février 2015