La corruption à l'UCAD 1

Une pratique fort regrettable

Autant être corrupteur à l’UCAD, pour percevoir sa bourse ?

Première partie100-5506.jpg

Mardi  16 Juillet 2013, nous nous dirigeons tranquillement vers le pavillon B de l’Université Cheikh Anta Diop. Sur place, nous retrouvâmes le gars que nous avions rencontré la dernière fois (vendredi passé) afin qu’il nous aidât à récupérer la bourse de notre très spéciale étudiante. 

En tee-shirt jaune à l’effigie du Dakar Université Club, jean bleu avec de grosses lunettes de soleil noires, le gars nous rejoignit loin du tumulte consécutif aux agissements des étudiants devant percevoir leur bourse.

Chose bizarre qu’on a tendance à banaliser sur place : pour percevoir son dû on t’oblige à être corrupteur.

Le gars N… nous demanda la carte de notre protégée, ce que nous lui remîmes volontiers. Il nous révéla que son action répondrait à un principe consistant à faciliter la récupération de la bourse moyennant 10000 francs CFA.

Véritable corrompu, il faisait comme si son action était normale, légale. Il avait ainsi le culot de remonter les bretelles à une autre étudiante qui voulait s’attacher ses services. Il lui disait :

-          Tu dis vouloir percevoir ta bourse alors que tu te pointes devant moi à pareille heure (10 heures).

L’étudiante lui fit savoir qu’elle faisait cours et qu’elle venait de terminer.

N… renchérissait :

-Tu dois faire ton choix entre le cours et la bourse. Il suffit juste d’un jour pour la bourse et tout le reste du mois pourra être consacré à tes cours. C’est à toi de savoir ce que tu veux réellement. Je pourrais t’aider à condition que tu te présentes à 8 heures : d’habitude, toutes les cartes que j’ai sont introduites avant 11 heures, frauduleusement avait-il oublié de dire.

100-5509-1.jpgAyant terminé avec son interlocutrice, il se retourna vers nous et nous fit savoir que la somme de 10000frs demandée  tantôt correspondait au prélèvement sur le rappel que percevrait son client. Pour nous, il ne s’agissait nullement de rappel, qui pourrait atteindre des sommes astronomiques ( chez un étudiant) : la bourse variant entre 18000 et 60000 sera multipliée par plusieurs mois ; mais de mensualités, exactement deux mois.

Revenant à nous, N.. ne nous cacha point sa déception. Nous vous invitons à nous mettre dans sa peau : à supposer que nous nous adonnions à cette pratique contraire à la morale : il nous suffirait d’encaisser l’argent de dix étudiants ne voulant pas perdre leur temps en effectuant des va-et-vient incessants à l’UCAD, pour se retrouver avec  100.000frs comme pots-de-vin journaliers.

N… n’était pas le seul. Il suffisait d’être attentif pour se rendre compte de la mafia qui opèrait sur place. Une véritable bande organisée constituée de gros bras (des hommes passant tout leur temps dans les salles de musculation) à la recherche de partisans de la facilité (beugue lu yomb) ou d’étudiants réalistes ; dans la mesure où si tu acceptes de verser une quelconque somme, tu t’épargnes, du coup, la pénibilité des longues files d’attentes. (Voir photos ci-contre).100-5510-1.jpg

Ces gens ne s’occupent pas du rapport de Transparency International présenté depuis moins d’un mois par le Forum Civil, sa branche sénégalaise. Ils donnent du fil à retordre à ceux-là qui ont fait de la lutte contre la corruption leur cheval de bataille ainsi qu’à tous ceux qui sont dignes.

Ces corrompus vivent de « cadeaux » et agissent en toute impunité au vu et au su de tout le monde. Ils ont des complices qui sont de mèche avec ceux qui gèrent les guichets. Point d’affirmation gratuite :comment se fait-il que des lots dûment constitués, très tôt le matin, se fassent supplanter par des cartes glissées par des corrompus qui viennent au-delà de 9 heures.

Ecobank et son monopole :

La bancarisation des bourses qui fut salutaire n’a pas porté tous ses fruits. Ecobank étant la seule structure a avoir permis aux étudiants de jouir d’un sésame qu’est la Carte bancaire ne parvient pas à couvrir la forte demande des étudiants. D’ailleurs, comment le pourrait-elle ? Eu égard à leur effectif pléthorique.

A dire vrai, cette couche estudiantine est peu rentable pour la banque qui doit gérer ces longues files d’attente devant ses Guichets Automatiques de Banque (GAB) à la fin de chaque mois.

Il suffit que les étudiants voient leur virement de bourse effectif pour qu’il y ait des rushes,déplorent les autres clients, et non des moindres.

100-5507-1.jpgSignalons au passage qu’Ecobank restitue aux étudiants leurs bourses dans leur entièreté (sans y prélever quoi que ce soit). Ces étudiants détenteurs de cartes n’ont pas accès aux caisses des agences Ecobank.

A coup sûr, ladite banque perçoit une redevance de la part de l’Etat, mais nous ne sommes pas en mesure de dire comment puisque nous ne maîtrisons pas les clauses du contrat liant ces deux entités. La vocation de toute banque réside dans sa capacité à gagner de l'argent.

A notre avis, Ecobank pourrait exploiter cette opportunité offerte aux étudiants en faisant de sorte que ceux-ci aient le réflexe Ecobank au moment d’intégrer la vie active.

Notre étudiante très spéciale détentrice de carte bancaire  a vu la sienne bloquée depuis quatre mois, elle croyait avoir perdu son code qu’il a finalement retrouvé après coup. Elle peine à redevenir cliente de la banque.

Un message que nous tenons à adresser aux détenteurs de carte GAB : ne perdez surtout pas votre code. La moindre erreur pourra vous coûter cher.

Après réflexion, notre étudiante peu encline aux pratiques peu orthodoxes déclina l’offre du corrompu N… Elle n’a pu se faire à l’idée de devoir donner de l’argent pour récupérer son dû.

A suivre...100-5513-1.jpg

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