Texte soixante-quinzième

QUIA PULVIS ES

Ceux-ci partent, ceux-là demeurent.
Sous le sombre aquilon, dont les mille voix pleurent,
Poussière et genre humain, tout s'envole à la fois.
Hélas ! le même vent souffle, en l'ombre où nous sommes,
Sur toutes les têtes des hommes,
Sur toutes les feuilles des bois.

Ceux qui restent à ceux qui passent
Disent : — Infortunés ! déjà vos fronts s'effacent.
Quoi ! vous n'entendrez plus la parole et le bruit !
Quoi ! vous ne verrez plus ni le ciel ni les arbres !
Vous allez dormir sous les marbres !
Vous allez tomber dans la nuit ! —

Ceux qui passent à ceux qui restent
Disent : — Vous n'avez rien à vous ! vos pleurs l'attestent !
Pour vous, gloire et bonheur sont des mots décevants,
Dieu donne aux morts les biens réels, les vrais royaumes.
Vivants ! vous êtes des fantômes ;
C'est nous qui sommes les vivants ! —

Février 1843.

Victor Hugo, Les Contemplations(1856), Livre III, Les luttes et les rêves,


                                        Quelques axes de lecture

  • Quia pulvis es : parce que tu es poussière. Titre emprunté à la Bible, qui rappelle à l’homme que la mort est l’aboutissement inéluctable de la vie.
  • Une série d’antithéses, de parallelismes
  • Etude des signes de ponctuation
  • Versification: disposition des rimes

Bon dimanche à tous !

30/08/2015Les contemplations couv

 

1 vote. Moyenne 5.00 sur 5.