Gustave Flaubert

Madame Bovary, deuxième extrait

Texte trente et uniéme                                                                21 décembre 2014

Au fond de son âme, cependant, elle attendait un événement. Comme les matelots en détresse, elle promenait sur la solitude de sa vie des yeux désespérés, cherchant au loin quelque voile blanche dans les brumes de l'horizon. Elle ne savait pas quel serait ce hasard, le vent qui le pousserait jusqu'à elle, vers quel rivage il la mènerait, s'il était chaloupe ou vaisseau à trois

ponts, chargé d'angoisses ou plein de félicités jusqu'aux sabords. Mais, chaque matin, à son réveil, elle l'espérait pour la journée, et elle écoutait tous les bruits, se levait en sursaut, s'étonnait qu'il ne vînt pas ; puis, au coucher du soleil, toujours plus triste, désirait être au lendemain.

Le printemps reparut. Elle eut des étouffements aux premières chaleurs, quand les poiriers fleurirent.

Dès le commencement de juillet, elle compta sur ses doigts combien de semaines lui restaient pour arriver au mois d'octobre, pensant que le marquis d'Andervilliers, peut-être, donnerait encore un bal à la Vaubyessard. Mais tout septembre s'écoula sans lettres ni visites.

Après l'ennui de cette déception, son cœur de nouveau resta vide, et alors la série des mêmes journées recommença.

Elles allaient donc maintenant se suivre ainsi à la file, toujours pareilles, innombrables, et n'apportant rien ! Les autres existences, si plates qu'elles fussent, avaient du moins la chance d'un événement. Une aventure amenait parfois des péripéties à l'infini, et le décor changeait. Mais, pour elle, rien n'arrivait, Dieu l'avait voulu ! L'avenir était un corridor tout noir, et qui avait au fond sa porte bien fermée.

Elle abandonna la musique. Pourquoi jouer ? qui l’entendrait ? Puisqu’elle ne pourrait jamais, en robe de velours à manches courtes, sur un piano d’Erard, dans un concert, battant de ses doigts légers les touches d’ivoire, sentir, comme une brise, circuler autour d’elle un murmure d’extase, ce n’était pas la peine de s’ennuyer à étudier. Elle laissa dans l’armoire ses cartons à dessin et la tapisserie. A quoi bon ? à quoi bon ? La couture l’irritait.

-          J’ai tout lu, se disait-elle.

Et elle restait à faire rougir les pincettes, ou regardant la pluie tomber.

                                         Gustave FlaubertMadame Bovary, partie I, Chapitre 9.

Quelques axes de lecture

- L’excès de sentimentalité d’Emma

- Renoncement à tous les espoirs

 -La narration : les éléments du discours et du récit

- Les types de focalisation (interne, externe, zéro)

- Emma : ennui aggravé par le temps, la saison

- Repérage de figures de style : métaphore, métonymie, comparaison, hypallage, antithèse, personnification, gradation, ellipse, allégorie, interrogation oratoire, etc.

Les valeurs des temps et modes verbaux

Passé simple, imparfait de  l’indicatif, plus-que-parfait de l’indicatif, etc.

Conjugaison :

La concordance temporelle

Exemple : « Dès le commencement de juillet, elle compta sur ses doigts combien de semaines lui restaient pour arriver au mois d'octobre, pensant que le marquis d'Andervilliers, peut-être, donnerait encore un bal à la Vaubyessard »

Une figure de style :

L'interrogation ( ou question ) oratoire : Elle consiste à poser une question à laquelle on répond en même temps.

Exemple : "Pourquoi jouer ? qui l’entendrait ? "


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Date de dernière mise à jour : dimanche, 21 Décembre 2014