Les éléphants

Leconte de Lisle

Un dimanche, un texte vous tient toujours en haleine 
I- Texte choisi : " Les éléphants " Leconte de Lisle 
II- Présentation de l'auteur :  Charles-Marie Leconte de Lisle ( 1818-1894) est l'un des animateurs de la revue Parnasse contemporain. " Déçu par la politique et désespéré par la vie, il se réfugie dans la poésie. Dans ses Poèmes barbares, il s'impose des contraintes formelles extrêmes qui donnent force et beauté à ses textes, que Baudelaire admirait."
Au XIXe siècle, le Parnasse conteste les excès de sentimentalité des romantiques et leur tendance à s'engager dans des combats politiques jugés terre à terre, Gautier affirme : " Tout ce qui est utile est laid" ( Préface de Mademoiselle de Maupin). 

III- Les éléphants
Le sable rouge est comme une mer sans limite, 
Et qui flambe, muette, affaissée en son lit.
Une ondulation immobile remplit
L'horizon aux vapeurs de cuivre où l'homme habite.

Nulle vie et nul bruit. Tous les lions repus
Dorment au fond de l'antre éloigné de cent lieues,
Et la girafe boit dans les fontaines bleues,
Là-bas, sous les dattiers des panthères connus.

Pas un oiseau ne passe en fouettant de son aile
L'air épais, où circule un immense soleil. 
Parfois quelque boa, chauffé dans son sommeil,
Fait onduler son dos dont l'écaille étincelle.

Tel l'espace enflammé brûle sous les cieux clairs.
Mais, tandis que tout dort aux mornes solitudes,
Lés éléphants rugueux, voyageurs lents et rudes
Vont au pays natal à travers les déserts.

D'un point de l'horizon, comme des masses brunes,
Ils viennent, soulevant la poussière, et l'on voit,
Pour ne point dévier du chemin le plus droit, 
Sous leur pied large et sûr crouler au loin les dunes.

Celui qui tient la tête est un vieux chef. Son corps
Est gercé comme un tronc que le temps ronge et mine
Sa tête est comme un roc, et l'arc de son échine
Se voûte puissamment à ses moindres efforts. 

Sans ralentir jamais et sans hâter sa marche,
Il guide au but certain ses compagnons poudreux ;
Et, creusant par derrière un sillon sablonneux,
Les pèlerins massifs suivent leur patriarche.

L'oreille en éventail, la trompe entre les dents,
Ils cheminent, l'oeil clos. Leur ventre bat et fume,
Et leur sueur dans l'air embrasé monte en brume ;
Et bourdonnent autour mille insectes ardents.

Mais qu'importent la soif et la mouche vorace,
Et le soleil cuisant leur dos noir et plissé ? 
Ils rêvent en marchant du pays délaissé,
Des forêts de figuiers où s'abrita leur race.

Ils reverront le fleuve échappé des grands monts,
Où nage en mugissant l'hippopotame énorme, 
Où, blanchis par la Lune et projetant leur forme,
Ils descendaient pour boire en écrasant les joncs.

Aussi, pleins de courage et de lenteur, ils passent
Comme une ligne noire, au sable illimité ; 
Et le désert reprend son immobilité
Quand les lourds voyageurs à l'horizon s'effacent.
                        Charles-Marie Leconte de Lisle, Les éléphants, 1862.
Quelques axes de lecture 
-  Un texte culte
- Les principes du Parnasse : Une écriture dépersonnalisée, des vers bien travaillés
- La progression des idées 
- Repérage et interprétation de figures de style : comparaison, périphrase, personnification, métonymie, hyperbole, synecdoque, gradation, anaphore, etc.
Versification 
- Le mètre utilisé. Choisir un échantillon représentatif ( 4 à 5 vers) et procéder au décompte syllabique 
- Étudiez la rime: disposition, qualité et genre des rimes 
Insistons sur :
1- Des figures de style 
A - La synecdoque désigne une réalité par une autre en s'appuyant sur une relation d'inclusion qui les unit. 
Exemple : " Ils cheminent, l'oeil clos"

D'un point de l'horizon, comme des masses brunes,
Ils viennent, soulevant la poussière, et l'on voit,
Pour ne point dévier du chemin le plus droit, 
Sous leur pied large et sûr crouler au loin les dunes. 

Celui qui tient la tête est un vieux chef. Son corps
Est gercé comme un tronc que le temps ronge et mine
Sa tête est comme un roc, et l'arc de son échine
Se voûte puissamment à ses moindres efforts. 

Sans ralentir jamais et sans hâter sa marche,
Il guide au but certain ses compagnons poudreux ;
Et, creusant par derrière un sillon sablonneux,
Les pèlerins massifs suivent leur patriarche.

L'oreille en éventail, la trompe entre les dents,
Ils cheminent, l'oeil clos. Leur ventre bat et fume,
Et leur sueur dans l'air embrasé monte en brume ;
Et bourdonnent autour mille insectes ardents.

Mais qu'importent la soif et la mouche vorace,
Et le soleil cuisant leur dos noir et plissé ? 
Ils rêvent en marchant du pays délaissé,
Des forêts de figuiers où s'abrita leur race.

B- La comparaison rapproche réalités à l'aide d'un outil comparatif.
Exemple : " Le sable rouge est comme une mer sans limite, "

C- L'hyperbole est expression exagérée.
Exemple : " Une mer sans limite "
D- La périphrase remplace un mot par une expression équivalente. 
Exemple : " les lourds voyageurs à l'horizon"
2- Le mètre 
Un alexandrin est un vers de douze (12) syllabes. 
Exemple : 
" Mais qu'importent la soif et la mouche vorace,"
"Où, blanchis par la Lune et projetant leur forme,"

3- La rime 
A- Les rimes sont dites embrassées ( schéma : ABBA)
" Le sable rouge est comme une mer sans limite, 
Et qui flambe, muette, affaissée en son lit.
Une ondulation immobile remplit
L'horizon aux vapeurs de cuivre où l'homme habite."

B-  Genre
- La rime féminine se termine par un "e" muet.
Exemple : ( limite/ habite); ( lieues/ bleus) 
- La rime est masculine dans les autres cas.
Exemple : ( lit/remplit); ( repus/ connus)

C- Qualité 
La rime pauvre comporte un seul phonème commun 
Exemple : repus/ connus
La rime suffisante comporte deux phonèmes communs
Exemple : plissé / délaissé 
La rime riche comporte au moins trois phonèmes 
Exemple : vorace/ race 
24/06/2018


 

 

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Date de dernière mise à jour : dimanche, 24 juin 2018