La corruption à l'UCAD II

Respecter les règles suppose des sacrifices

Autant être corrupteur à l’UCAD, pour percevoir sa bourse ?

Seconde partie : A l’UCAD, rester vertueux pour ne pas corrompre finalement.

 Respecter les règles suppose des sacrifices.100-5506-1.jpg

 Mercredi 17 Juillet. A quatre heures et demie, nous quittâmes chez nous pour l’UCAD. Le ramadan aidant, à cette heure indue, un tapage nocturne organisé se produisit. Il fallait le mettre à l’actif de jeunes qui, du fait de leur excès de zèle, se permettaient de prétendre réveiller ceux qui voudraient jeûner. Ils émettaient toutes sortes de bruits assourdissants : leur principal objectif était de tympaniser les autres prétextant la religion au moment où tout le monde dispose d’une alarme à régler selon ses convenances. Les muezzins s’y mettaient aussi, en serinant de manière périodique, via les haut-parleurs des mosquées des appels du genre : Levez-vous ; préparez-vous.

 En réalité, les jeûneurs, du moins la plupart d’entre eux, se lèvent en pleine nuit, plus précisément  avant la prière du matin appelée « fadj’r » pour manger et/ou boire. Ce qui les aiderait à tenir durant la journée.

 En toute quiétude, nous marchions. Les rues étaient presque désertes. Seules quelques boutiques étaient ouvertes pour les besoins du « xeud»[1].

Devant la dibiterie jouxtant l’ancien bar surnommé « La boule », une jeune d’une vingtaine d’années esquissait des pas de danse sur le rythme endiablé de la musique cap verdienne que distillait une radio dont le volume était fort.

102-5152.jpgLes cars rapides avaient fini de nous convaincre qu’ils faisaient bel et bien partie du décor de la circulation routière sénégalaise. Quelques mètres de marche auront suffi pour que nous aperçussions un car roulant à vive allure sur l’avenue qui sépare la Zone B du quartier Amitié.  Une petite lampe de couleur rouge éclairait l’intérieur du car, à l’arrière là où on trouve le salon. On eut cru que le chauffeur s’était endormi, pour parler trivialement, sur l’accélérateur.

 Nous continuions notre marche, en toute quiétude, ne craignant point d’être agressé. Disons-le, avec le ramadan, les risques d’agression étaient moindres.  Au Point E, la mythique boîte de nuit « Ngalam» réputée pour ses soirées mondaines prolongées jusqu’au petit matin (9 heures ou 10 heures) était fermée : le ramadan était passée par là.

 Prés du Crédit Mutuel du Sénégal, à partir du taxi qui passait une fille, à coup sûr, une p… à la recherche de client nous invita, sans suite, à …

 A moins de dix minutes de cinq heures du matin, nous foulâmes le sol de l’UCAD. Non loin de la mosquée dite des « ibadous » se trouvaient  quelques étudiants ayant pris les devants pour être parmi les premiers qui récupéreraient leurs bourses le lendemain (tenez-vous tranquilles).

100-5577.jpg Les inscriptions sur les listes se passaient normalement. Une longue file d’étudiants fut formée avec à droite la liste des hommes et à gauche celle des filles. Jusqu’à six heures trente cinq, les étudiants s’inscrivaient à tour de rôle. D’aucuns rentraient après leur inscription, tandis que d’autres restaient sur place. Rassurés par le déroulement normal des opérations, nous décidâmes de rentrer afin de retourner sur place vers 11 heures  pour la confirmation de notre inscription.

 Ce que nous fîmes. A notre retour sur les lieux, nous eûmes droit à une surprise désagréable : en effet, il y avait un blocage dû à une contestation (ayant débouchée sur une bataille rangée avec effusion de sang) de la part des étudiants des pratiques mafieuses dont nous avions fait état dans la première partie. Les étudiants tinrent même une assemblée générale devant la direction du COUD.

 La confusion fut totale avant que les autorités en charge du paiement ne décidassent de rentrer. Craignant pour leur sécurité ou profitant de cette insécurité, les agents d’Ecobank détachés à l’UCAD auront, dans les normes, bénéficié d’une journée payée et non travaillée.

 100-5576.jpgUn chamboulement inéluctable interviendrait, ce qui ne saurait surprendre personne. Ainsi, ceux qui devraient percevoir le mercredi n’ayant pas pu le faire, recevraient leurs fonds le lendemain au moment où ceux qui, comme nous s’étaient inscrits le mercredi encaisseraient leur dû avec un décalage de 24 heures, c’est-à-dire vendredi (le surlendemain). Il fallait se résoudre à la réalité d’autant plus que la décision  avait été prise officiellement et communiquée par le responsable.

 Vendredi,  l’appel qui commença vers 6h10 minutes prit fin à 8 heures. Autre mauvaise surprise : nous, qui nous étions inscrits l’avant-veille et qui figurions en pôle position, ne fûmes point appelés et pour cause notre liste avait été déchirée par d’autres étudiants mal intentionnés et en mauvaise posture. Ce que nous sûmes tardivement, par le canal d’un autre étudiants qui nous avait reconnus.

 Avec notre camarade d’infortune, il nous fallait attendre malgré tout une probable solution qui proviendrait sûrement d’un miracle. Dépités, nous étions pourtant dans l’obligation d’attendre jusqu’à la fin de l’appel. Tout en sachant qu’on ne nous appellerait jamais.

 Vingt et neuf lots de dix étudiants chacun furent constitués. En dehors de ceux-là officiels, six autres regroupant les étudiants laissés en rade et qui ne désespéraient pas furent établis. Nous faisions partie du lot 32.

 Les opérations débutèrent à 9 heures et quart. Les fraudeurs étaient à la recherche de clients. Ils avaient toujours droit à leur cadeau, fruit de l’entente trouvée avec le client. Toutes sortes de transactions eurent lieu sur place. Ce qui ne manquait pas de susciter l’indignation d’autres étudiants avec lesquels nous nous entretenions.

 100-5509-1.jpgLa pénibilité de l’attente était telle qu’il fallait non seulement trouver une place à l’ombre pour se prémunir de l’effet dévastateur du soleil qui dardait ses rayons mais surveiller comme du lait sur le feu le déroulement des opérations : lot après lot.

 A l’heure de la grande prière du vendredi, les opérations suivaient leur cours et bien après même. A quinze heures et quarante et cinq minutes elles prirent fin. Alors que nous attendions désespérément un hypothétique paiement, on a fit savoir que les guichets venaient de fermer. Il fallait se résoudre à la réalité et gérer cette nouvelle désillusion.

 Remuer le ciel et la terre pour sa modique bourse.

  Mercredi 24, il fallait recommencer : réveil matinal, inscription, retour chez soi en attendant l’appel du lendemain. Ce qui fut rassurant pour cette nouvelle fois c’est que l’inscription se déroulait auprès du responsable Sadibou. Un gars, court de taille, musclé avec un caractère de fer qui ne l’empêche pas de négocier parfois avec les étudiants. Il maîtrise son sujet. Il se fait aider par d’autres moins musclés que lui. Il avait aussi pour mission de réduire la marge de manœuvre des fraudeurs. Même s’il y en avait quelques rares qui parvenaient à passer entre les mailles du filet.

 Jeudi 25, tout marcha comme sur des roulettes. La ponctualité fut de mise. Les lots furent constitués sans incident. Au bout de plus de deux heures et trente minutes, les agents d’Ecobank arrivèrent à  bord d’une voiture 4X4 de marque Renault DUSTER. Ils firent descendre leurs sac et mallette rempli de liasses d’argent. Après trente minutes, le lot 3 auquel faisait partie notre étudiante spéciale passa.

 A l’UCAD, il faut suer pour sa bourse. 

FIN



[1] Xeud : terme ouolof désignant le repas pris, en pleine nuit, durant le ramadan afin de préparer sa journée de jeûne. 

 

3 votes. Moyenne 5.00 sur 5.

Date de dernière mise à jour : vendredi, 26 juillet 2013