Un autre dimanche, un autre texte

Partir d'Aimé Césaire

Texte numéro 2

Partir. Mon cœur bruissait de générosités emphatiques. Partir... j'arriverais lisse et jeune dans ce pays mien et je dirais à ce pays dont le limon entre dans la composition de ma chair : « J'ai longtemps erré et je reviens vers la hideur désertée de vos plaies». 


Je viendrais à ce pays mien et je lui dirais : Embrassez-moi sans crainte... Et si je ne sais que parler, c'est pour vous que je parlerai».
Et je lui dirais encore :
« Ma bouche sera la bouche des malheurs qui n'ont point de bouche, ma voix, la liberté de celles qui s'affaissent au cachot du désespoir. »

Et venant je me dirais à moi-même :
« Et surtout mon corps aussi bien que mon âme, gardez-vous de vous croiser les bras en l'attitude stérile du spectateur, car la vie n'est pas un spectacle, car une mer de douleurs n'est pas un proscenium, car un homme qui crie n'est pas un ours qui danse... »

                                                                                                                                 Aimé Césaire, Cahier d'un retour au pays natal

 Quelques axes de lecture

I- Retour à la terre natale : un projet mûrement réfléchi

-Motivations profondes

-Patriotisme exemplaire

- Les différentes étapes

II- Un poéte au service de son peuple : porte-parole

- Attitude à adopter

-Les verbes d'action

 A vos claviers 

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30 Mars 2014, la suite

30 Mars 2014

Dans l’explication détaillée, on pourrait aussi insister sur ces éléments qui participent de la richesse du texte de Césaire

  1. La phrase verbale « Partir » repris deux fois : un devoir du poète, une  insistance et une importance ; l’emploi elliptique des formules pouvant compléter cette phrase entre autres : « je dois, je vais partir », « il faut, faudrait partir », etc.

  2. La cause de ce périple que s’impose le poète est matérialisée à partir de la deuxième phrase.

  3. Il y a un amour indéfectible entre Aimé Césaire et sa terre natale d’où cette  confiance absolue symbolisée par « sans crainte »

  4. Appropriation du pays à travers le pronom possessif « mien »

  5. Les temps verbaux employés sont nombreux : infinitif présent « partir» ; futur simple de l’indicatif «je parlerai » ; présent de l’indicatif « je reviens, entre» ; passé composé « j’ai erré » ; présent du conditionnel "je dirais"; impératif " gardez-vous", participe présent "venant", etc.

  6. Interaction entre le poète et sa terre natale : « je lui dirais » repris plusieurs fois et synonyme de personnification sans oublier l’expression « embrassez-moi ». « Si je ne sais que parler c’est pour vous que je parlerai » : « ne … que » marquant  la restriction.

  7. La métonymie matérialisée par «  ma bouche ».

  8. Le zeugma est marqué par l’expression «  mon corps aussi bien que mon âme »

  9. L’emploi itératif de la conjonction de coordination « car » et celui de la négation « ne … pas » permettent au poète de justifier son engagement au service exclusif de son pays.

  10. « Un homme qui crie n’est pas un ours qui danse » peut d’une part caractériser un chiasme et de l’autre démontrer la véritable attitude à adopter : crier, taper du poing sur la table, ne pas être passif étant donné que « la vie n’est pas un spectacle » selon Aimé Césaire.

    A vos claviers, proposez vos remarques, approfondissez la présentation !

 

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Date de dernière mise à jour : dimanche, 06 avril 2014