Mamadou El Béchir Gologo

Un grand patron

Texte soixante-septième  

Nous étions donc sur le qui-vive, lorsque soudain retentirent des pas allègres sous la véranda…

Nous nous trouvions en face du patron.

Il s’agissait d’un homme d’environ cinquante ou cinquante-cinq ans. Il était grand et nerveux, avec des lignes qui paraissaient taillées au couteau. Il avait un menton pointu que surplombaient des lèvres minces, si minces qu’à peine on devinait leur ligne de séparation. Tout en lui était roux : les sourcils broussailleux, les cheveux flottants comme des algues brulées qui se cramponnent désespérément à un pan de basalte. Seuls quelques poils gris qui fusaient de ses narines pincées détruisaient cette harmonie de roux et, à cause de leur mobilité extraordinaire, le bout du nez ressemblait à un crabe en position d’attaque. Une pomme d’Adam, elle aussi extrêmement véloce, ajoutait un surplus d’effet. Les yeux, bleu d’acier, étaient d’une fixité déconcertante et paraissaient n’avoir pas de fond. Les mains étaient fines et aristocratique. Sa tenue kaki et ses souliers marron luisaient de propreté. Sur ses épaules scintillaient cinq galons dorés.

Le patron avait un langage coupant et, tout en parlant, il marchait, s’arrêtait, se retournait brusquement parfois, comme si son organisme en entier eût obéi à un jeu complexe de ressorts. Une énergie indomptable semblait sourdre de toute sa physionomie. Il paraissait en outre jouir également d’un rare contrôle de sa personne.

Je l’avoue, cet homme me fut sympathique dés le premier contact, sans qu’il me fût possible d’expliquer pour quelles raisons. Ce n’est que plus tard, bien plus tard, que je pus faire un certain rapprochement. Effectivement, je découvris une certaine analogie entre ses manières et celles de mon père. Je voyais en sa personne l’espèce d’homme auquel je voudrais ressembler. J’ai toujours désiré devenir « cuirassé contre toutes les tempêtes », rien que par ma propre valeur.

Notre patron prononça un discours d’introduction qui fût sensationnel. Les termes en étaient choisis ; ils étaient clairs et précis.

Puis, après ce discours impressionnant, discours dont il semblait avoir au préalable calculé l’effet, il voulut bien commencer son cours.

Mamadou Gologo, Le Rescapé de l’Ethylos (Présence africaine)in Le Français en Afrique 4e 3e,   Larousse, 1970

                                                           Quelques axes de lecture

- Un portrait classique : une description physique détaillée

-Un grand patron : une métaphore filée

- Quelle est la tonalité du texte ? (Eloge ou blâme ?) Quel sens donné à l’emploi du terme « patron » ?

- Qu’est-ce qui explique cette marque de sympathie spéciale pour le professeur ?

- Les valeurs des temps verbaux

 

- Repérage et interprétation de figures de style : comparaison, métaphore, pléonasme, etc.

-Grammaire

L’adjectif qualificatif

L’adjectif qualificatif se rapporte au nom. Il en précise le sens en lui attribuant une qualité particulière[1].

  1. L’adjectif qualificatif peut être épithète lié quand il est placé immédiatement à côté du nom auquel il se rapporte.

Exemple : un menton pointu

Il est épithète détaché (ou mis en apposition) quand il est séparé du nom auquel il se rapporte par une virgule ou d’autres mots.

Exemple : Ce texte, très riche, plaira aux élèves.

  1. L’adjectif qualificatif peut être attribut quand il est relié au sujet par un verbe d’état (être, paraître, devenir, demeurer, sembler, trouver, avoir l’air, etc.

Exemple : un discours d’introduction qui fût sensationnel

 

 

 

 

[1] M.-C. Bayal, M. J- Bavencoffe, La Grammaire française, Nathan, 1988

  Bon dimanche à tous !                          28/06/2015

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Date de dernière mise à jour : dimanche, 28 juin 2015