Extraits de L’aventure ambiguë de Cheikh Hamidou Kane

Premier texte

 06/07/2014

Le  chef demeura silencieux un moment.

-Si je leur dis d’aller à l’école nouvelle, ils iront en masse. Ils y apprendront toutes les façons de lier le bois au bois que nous ne savons pas. Mais, apprenant, ils oublieront aussi. Ce qu’ils apprendront vaut-il ce qu’ils oublieront ? Je voulais vous demander : peut-on apprendre ceci sans oublier cela, et ce qu’on apprend vaut-il ce qu’on oublie ?

- Au foyer, ce que nous apprenons aux enfants, c’est Dieu. Ce qu’ils oublient, c’est eux-mêmes, c’est leurs corps et cette propension à la rêverie futile, qui durcit avec l’âge et étouffe l’esprit. Ainsi ce qu’ils apprennent vaut infiniment mieux que ce qu’ils oublient.

-Si je ne dis pas aux Diallobé d’aller à l’école nouvelle, ils n’iront pas. Leurs demeures tomberont en ruine, leurs enfants mourront ou seront réduits en esclavage. La misère s’installera chez eux et leurs cœurs seront pleins de ressentiments…

-La misère est, ici bas, le principal ennemi de Dieu.

Cheikh Hamidou Kane, L’aventure ambiguë, 10/18, UGE.Index cak

Quelques axes de lecture

- Un dialogue d’une importance capitale entre le Maître des Diallobé et l’émissaire du Chef

- Sagesse du Maître des Diallobé

- L’omniprésence des antithèses

-Les valeurs des temps verbaux

 

 

 

13 /07/ 2014

 

* La question cruciale évoquée durant cet entretien est celle de l'école dite nouvelle.

 

* La sagesse du Maître des Diallobé est matérialisée par sa faculté d'anticipation exemplaire.

 

* Entre autres antithéses : apprendre oublier qui verbes allant de pair dans cette séquence.

* Le présent de l'indicatif d'énonciation

 

Le futur simple traduit une anticipation. Il permet d'entrevoir l'avenir avec certitude.

A vos claviers, contribuez !

 

 

Deuxième extrait

Extrait de L’Aventure ambiguë de Cheikh Hamidou Kane

Texte quatorzième

-Gens du Diallobé, dit-elle au milieu d’un grand silence, je vous salue.

Une rumeur diffuse et puissante lui répondit. Elle poursuivit.

-J’ai fait une chose qui ne nous plait pas, et qui n’est pas dans nos coutumes. J’ai demandé aux femmes de venir aujourd’hui à cette rencontre. Nous autres Diallobé, nous détestons cela, et à juste titre, car nous pensons que la femme doit rester au foyer. Mais de plus en plus nous aurons à faire des choses que nous détestons, et qui ne sont pas dans nos coutumes. C’est pour nous exhorter à faire une de ces choses que j’ai demandé de vous rencontrer aujourd’hui.

« Je viens vous dire ceci : moi, Grande Royale, je n’aime pas l’école étrangère. Je la déteste. Mon avis est qu’il faut y envoyer nos enfants cependant. »

Il y eut un murmure. La Grande Royale attendit qu’il eût expiré, et calmement poursuivit.

-Je dois vous dire ceci : ni mon frère, votre chef, ni le maitre des Diallobé n’ont encore pris parti. Ils cherchent la vérité. Ils ont raison. Quant à moi, je suis comme ton bébé, Coumba (elle désignait l’enfant à l’attention générale). Regardez-le. Il apprend à marcher. Il ne sait pas où il va. Il sent seulement qu’il faut qu’il lève un pied et le mette devant, puis qu’il lève l’autre et le mette devant le premier.

La Grande Royale se tourna vers un autre point de l’assistance.

-Hier, Ardo Diallobé, vous me disiez : « La parole se suspend mais la vie, elle, ne se suspend pas. » C’est très vrai. Voyez le bébé de Coumba.

L’assistance demeurait immobile, comme pétrifiée. La Grande Royale seule bougeait. Elle était au centre de l’assistance, comme la graine dans la gousse.

-L’école où je pousse nos enfants tuera en eux ce qu’aujourd’hui nous aimons et conservons avec soin, à juste titre. Peut-être notre souvenir lui-même mourra-t-il en eux. Quand ils nous reviendront de l’école, il en est qui ne nous reconnaîtront pas. Ce que je propose c’est que nous acceptions de mourir en nos enfants et que les étrangers qui nous ont défaits prennent en eux toute la place que nous aurons laissée libre.

Elle se tut encore, bien qu’aucun murmure ne l’eût interrompue. Samba Diallo perçut qu’on reniflait prés de lui. Il leva la tête et vit deux grosses larmes couler le long du rude visage du maître des forgerons.

Cheikh Hamidou Kane, L’Aventure ambiguë, 10/18, Union Générale d’Editions.

Quelques axes de lecture

- La Grande Royale, une oratrice hors pair, avec une capacité de persuasion certaine

- La Grande Royale, une pionnière dans la question de l’émancipation des femmes

- L’école française au cœur de ce conclave

- L’école française, un pari risqué et inéluctable

- Les éléments du discours et ceux du récit dans le texte

- Repérage de figures de style : comparaison, métaphore, litote, pléonasme, apostrophe, hyperbole, etc.

- « Mais de plus en plus nous aurons à faire des choses que nous détestons, et qui ne sont pas dans nos coutumes » : Réalisme ou impuissance ? Justifiez votre réponse

A retenir :

Conjugaison

Modes verbaux : Le subjonctif

Règle[1] : Le subjonctif exprime généralement un désir, un souhait, un ordre, un doute, un regret, un conseil, une supposition, etc.

Plus-que-parfait du subjonctif

Le plus-que-parfait du subjonctif est formé de l’imparfait du subjonctif de l’auxiliaire avoir ou être et du participe passé du verbe conjugué. Attention à l’accent circonflexe à la troisième personne du singulier.

Il faut veiller à la concordance des temps. Si le temps du verbe de la principale est à un temps passé de l’indicatif ou au conditionnel, le verbe de la subordonnée est au plus-que-parfait du subjonctif (un temps peu usité remplacé parfois par le passé du subjonctif).

La Grande Royale attendit qu’il eût expiré

Elle se tut encore, bien qu’aucun murmure ne l’eût interrompue

  • Il y eut un murmure : le verbe est au passé simple, temps par excellence du récit. Il n’y a point d’accent circonflexe au passé simple de l’indicatif

A vos claviers, participez !

Lien utile :

 



[1] BLED, 5e/4e/3e Cours supérieur, HACHETTE Education, Italie, 2006, p. 220

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Date de dernière mise à jour : dimanche, 10 août 2014