Abasse Ndione, Ramata

Texte quarante-deuxième

Ramata Kaba survivra encore quinze années à Golda Meir, toujours plongée dans sa longue nuit, tous liens entre le monde réel et elle rompus. Et chaque année, quand les autres arbres, comme pour accueillir les premières pluies, portent de nouveaux bourgeons, que les flamboyants, seuls, se parent de fleurs pourpres contrastant harmonieusement avec la nature qui reverdit, elle traversait une phase d'excitation aigue durant huit jours, puis retombait dans une dépression voisine de la léthargie jusqu’au prochain début d'hivernage...

Ces derniers temps, depuis six mois environ, un fait notable s'était produit dans son comportement, sans aucune raison apparente et sans qu'aucun évènement important ou mineur ne soit intervenu : lorsque le bar était fermé, les clients rentrés chez eux, il lui arrivait de quitter sa chambre à l'étage, de descendre dans la cour déserte du Brise de Mer.
Elle venait alors s'accouder sur le rebord du mur de barrage surplombant l'océan, protégé des vagues par de grands pneus et des rochers enfermés dans des grillages métalliques.  Elle laissait errer son regard dans le lointain, vers le phare à éclats du cap Manuel qui balayait par intermittence, d'un puissant flux de lumière rouge, la surface sombre de la mer.
Là-bas se trouvait la villa où, pendant deux semaines, en compagnie de Ngor Ndong, elle avait connu un bonheur ineffable.
Pensait-elle à son amant perdu? Etait-elle même en mesure de penser?
Elle restait plantée là, immobile, emmurée dans son mutisme que rien ni personne ne pouvait perturber, pendant des heures et des heures, avant de remonter se coucher, au petit matin.

Mais parfois, elle ne regagnait pas sa chambre, elle s’endormait couchée au pied du mur et passait là le reste de la nuit.

Comme en cette veille de la fête nationale, où, par une vague de froid qui, de mémoire d’homme, ne s’était jamais abattue sur le pays, Diodio, à son réveil l’avait retrouvée morte.

Abasse Ndione, Ramata, Gallimard, sept 2000.

Quelques axes de lecture

- Le destin tragique de Ramata Kaba

-Le cadre spatio-temporel

- Le point de vue du narrateur : focalisation interne, externe ou zéro ?

- Quelle est la tonalité du texte ? Justifiez

- Les valeurs des temps verbaux

- Repérage et interprétation de figures de style : comparaison, antithèse, métaphore, gradation, anaphore, etc.

- Donnez le sens des mots et expressions : plongée dans sa longue nuit- ineffable-léthargie- fleurs pourpres - par intermittence.

Orthographe :

La formation des mots

Le préfixe est une particule qui, placée devant le radical d’un mot, lui donne un sens nouveau[1].

Exemple : immobile : Le préfixe marque un sens négatif

Le suffixe est une particule qui, placée après le radical d’un mot, lui donne un sens nouveau.

Exemple : notable : Le suffixe « able » signifie la qualité ou la possibilité

-       Décomposition des mots suivants en  préfixe- radical et suffixe  : harmonieusement ; retombait

 

Bon dimanche à tous !

 

 

  15 /03/2015



[1] La Grammaire française, Nathan, 1988100 0353

Un roman à lire

Sur la quatrième page de couverture, vous lirez :

            « Elle était un de ces très rares êtres   dont le bon Dieu avait pris un soin particulièrement méticuleux pour façonner leur moule et faire de leur physique, en tout point, une œuvre parfaite. Elle n’était ni grande ni petite, ni maigre ni grosse, son teint n’était ni clair ni sombre, et son visage était aussi agréable et apaisant à contempler qu’un clair de lune en pleine foret, un lever de soleil en haute montagne ou son coucher dans une mer tranquille (..). Impossible à un homme normalement constitué, saint comme mécréant de la voir, de devant comme de derrière, sans avoir des idées lubriques dans la tête. Elle était belle, très belle, plus belle même que Gina Lollibrigida. Et elle le savait. »

Belle, Ramata l’est sans conteste  ni rivale. D’où vient alors qu’elle soit aussi mauvaise, querelleuse, vaniteuse et infidèle ? D’où vient, en fait, que cette femme superbe, riche et adulée, soit aussi malheureuse ?

Ramata est une étonnante tragédie moderne inscrite dans un pays (le Sénégal) en quête de sa modernité. C’est aussi le portrait magnifique d’une femme et de la douleur qui la ronge. C’est surtout la confirmation de l’étonnante force littéraire du nouveau roman africain.

Abasse Ndione est né le 16 décembre 1946 à Bargny, village traditionnel de pêcheurs à trente-cinq kilomètres de Dakar. Infirmier d'Etat, il publie en 1984 et 1988, aux Nouvelles Editions Africaines, ses deux premiers romans : La vie en spirale I et Ii, repris en un seul tome par Gallimard (Série Noire n° 2485).
Abasse Ndione a maintenant pris une retraite anticipée pour se consacrer entièrement à l'écriture.

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Date de dernière mise à jour : samedi, 21 mars 2015