Un chauffeur de "7 places" irresponsable sur la route

Un chauffeur irresponsable sur la route de Zig

Un chauffeur de « 7 places » irresponsable sur la route de Ziguinchor. Désolant !

 

Un chauffeur de « 7 places » insoucieux:  

Mardi  7 Août 2012, après une longue et dure journée marquée par des va-et-vient interminables entre l’université Cheikh d’Anta Diop de Dakar, le lycée de Thiaroye, l’Inspection d’Académie et Niary Tally ; je pris la résolution de voyager durant la nuit, après une petite enquête menée auprès de ceux qui ont l’habitude de se rendre dans la zone où je devais partir en mission. Le seul moyen de transport que je pouvais utiliser était la voiture : le bateau avait déjà quitté la capitale.

Le temps qui nous était imparti paraissait tellement court que je dus jouer la montre. En effet, je devais impérativement  me trouver le lendemain à 15 heures précises au Lycée Djignabo Basséne de Ziguinchor pour une concertation entre collègue de la même discipline.  

22 heures et un quart, je descendis du taxi qui m’aura mené jusqu’à la célèbre gare routière de Dakar ayant fini par prendre le nom de la caserne des sapeurs pompiers d’à côté. Je trouvai sur place des passagers  assis sur des bancs en bois de plus de trois mètres, leurs bagages fièrement posés devant eux. J’eus juste le temps de m’imprégner de la situation pour savoir qu’il s’agit de clients non désireux de se mettre à l’arrière des véhicules communément appelés « 7 places », bien qu’ils en comportent huit eu égard à celle du chauffeur.

De nébuleuses transactions eurent lieu entre facilitateurs, convoyeurs ou « coxeurs » et clients voulant occuper les quatre premières et non moins confortables places  dans ce type de transport tant prisé au Sénégal, si l’on tient compte de sa rapidité contrairement aux bus et autres cars interurbains. Après quelques indiscrétions, je sus qu’il y en avait qui avaient déboursé 1000 francs en sus du ticket de transport et des bagages pour avoir droit au sésame.

J’occupais l’une des places les plus redoutées, quand il est question de long trajet : la cinquième. Cette partie  brillait de par son exigüité (gare aux personnes longues de taille dont les jambes s’y plieraient à peine) et son manque d’aération : les vitres s’y trouvant aux côtés ne s’ouvrent pas, d’où le calvaire enduré par les usagers.

22 heures et quarante minutes, la septième place qui restait fut enfin pourvue. Chaque passager pouvait s’installer  et s’acquitter de ses frais de voyage après s’être assuré de la mise en place en lieu sûr de ses bagages recouverts de toile et soigneusement attachés avec une corde sur le toit de la voiture.  C’est à cet instant que nous reconnûmes notre chauffeur. Il avait, à peu prés quarante ans, habillé d’un pantalon et d’un tee-shirt noir à l’effigie du plus grand réseau téléphonique du Sénégal.

  Dix minutes après nous pouvions quitter Dakar. Le chauffeur convenablement assis à sa place, avait mis le moteur en marche. A peine avait-il parcouru une vingtaine de mètres pour se diriger vers la station-service appelée familièrement « essencerie » dudit garage pour se ravitailler en carburant ; que nous (tous les passagers) commencions timidement à montrer notre désenchantement à travers des cris d’indignation. Néanmoins, nous n’avions pas eu le réflexe de rebrousser chemin, avant même de quitter la gare routière ; pensant peut-être que d’agréables surprises nous seraient réservées.

Que d’insolites :

-          La gare de péage de Cambéréne

Une fois sortis de « pompiers », sur l’autoroute quatre bruits assourdissants nous empêchaient de nous faire une idée objective sur le type de chauffeur auquel nous avions affaire. Nous avions vainement tenté de situer leur provenance dans la voiture. Nous mîmes plus de temps que d’habitude pour rallier le pont de Colobane. A ce niveau, nous nous résignâmes, sachant sans nul doute, que nous étions mal barrés. Un fait assez inédit pour être souligné : notre chauffeur conduisait à tâtons. Les conséquences ne se font pas attendre. Sinon, il n’aurait sûrement pas choisi d’emprunter le sens interdit qui menait à la gare de péage de Cambéréne après qu’il eut presque fait le tour du rond point de Cambéréne. Le fait est qu’il avait pris la voie réservée à ceux qui se rendaient à Dakar alors que nous étions censés en sortir. D’ailleurs, l’agent trouvé à la gare n’a pas manqué de le lui signifier. Nous fîmes demi-tour suite à son injonction.  Cet instant fut choisi par le chauffeur pour avouer qu’il s’était perdu et qu’il ne savait pas comment sortir de Dakar.

Il nous a prié de l’aider à quitter l’autoroute à péage. Ce que nous fîmes volontiers ; après avoir pris le soin de lui demander, sur un ton ferme, s’il était capable de nous mener à bon port.  Nous le guidâmes ainsi, jusqu’au pont de Hann afin qu’il pût se retrouver.

Autres étapes, autres insolites :

Une fois prés du pont, nous empruntâmes le bas-côté de l’autoroute pour passer devant le concessionnaire de voitures EMG et faire le tour du rond point : et là il eut le culot de nous demander s’il fallait passer par la droite. Notre chauffeur, à première vue farfelue, était véreux et son principal souhait consistait à retourner à Kolda comme l’indiquait du reste sa plaque d’immatriculation KD 1835 A. Nous sûmes ainsi que sa voiture sortait fraîchement du garage : argument qu’il nous aura seriné une dizaine de fois pour nous rassurer, si ce n’était pour nous berner. Il lui avait fait une nouvelle  beauté en y injectant  500.000 francs, selon ses dires, pour des dépenses liées à la tôlerie et au moteur. Autant le reconnaitre, nous étions ses cobayes : notre sort dépendait de lui et en toute impunité, il jouait avec .

Deux interlocuteurs aux âmes très sensibles avec lesquels je m’entretenais via la magie des réseaux téléphoniques  n’avaient pas manqué de s’inquiéter lorsqu’ils ont su quelques péripéties de notre tumultueux voyage. Si T.F.P. nous conseillait de retourner sagement à la gare routière,  craignant le pire ; l’autre B. ND. F. nous demandait de rester vigilants, de ne pas céder aux tentations de Morphée : vu que le chauffeur n’inspirait pas confiance ; ne manquant pas de le traiter de con lorsqu’il s’était perdu.

Nous essayions de voir s’il fallait retourner ou continuer notre aventure, après tout c’en était une quoi qu’on en dise. Notre indécision ou plutôt notre erreur d’appréciation devant un cas aussi atypique faisait l’affaire du chauffeur insouciant, qui, chanceux à la limite, bénéficiait de nos indications à partir de l’arrière du véhicule.  

Nous eûmes des sueurs froides : le chauffeur avait du mal à conduire droit devant lui. Il n’y a pas pire danger qu’un chauffeur qui joue avec la vie de sept pauvres passagers dont le seul tort consiste à vouloir se rendre nuitamment à Ziguinchor. Pauvre Afrique ! Nous savions, tous les sept que nous flirtions avec la mort mais nous attendions tranquillement de croiser un agent de circulation pour lui exposer notre cas : c’était notre ultime recours. Ce qui ne risquait pas de survenir de sitôt, le ramadan aidant, rares sont ceux qui mèneraient une activité après la rupture du jeûne.

Comme si nous nous étions passés le mot, nous négociions avec le chauffeur afin qu’il se ressaisisse et nous ramène à Dakar. En cours de route, le quatrième passager assis prés de la portière arrière droite n’avait pas manqué de s’entretenir en diola, avec le chauffeur, pour lui demander d’être sérieux en reconnaissant que sa voiture n’irait pas jusqu’au Sud du pays. Face à l’entêtement du chauffeur il nous avait demandé de ne plus l’aider à se situer pensant que c’était la solution.

Les passagers étaient composés de trois lusophones, tous des Bissau Guinéens, occupant respectivement la deuxième, la troisième et la septième place ; à l’avant c’est-à-dire à la première place se trouvait un Français (la soixantaine environ), à l’arrière j’étais assis à côté d’un collègue, professeur de Français au Lycée Lamine Gueye de Dakar.  Malgré cette incertitude qui planait sur notre sort durant ce trajet, nous avions eu droit à des échanges chaleureux entre le chauffeur et la seule femme faisant partie du voyage. Cette lusophone (qui occupait la troisième place) aux initiales A. A. D., est une journaliste animant une émission hebdomadaire sur une chaîne locale aura pleinement participé à détendre le climat assez lourd. Parlant wolof et français avec son accent portugais, elle ne cessait de malmener les deux premières langues. Morceaux choisis dans ces entretiens avec le chauffeur :

La journaliste, écorchant le wolof dit au chauffeur « yaw yeup baxul », même « yaw baxul », comprenez « tu es mauvais au même titre que ta voiture » 

Le chauffeur répliqua : ce n’est pas vrai ma voiture sort du garage.

Plus loin, quand  le chauffeur s’est permis de dépasser, nonobstant la ligne continue, qui plus est à l’entame d’un virage, le seul véhicule qu’il a pu tout au long de notre parcours, une scène qui souleva l’ire de tous les passagers. A cet instant aussi, elle refit surface et ne rata pas son interlocuteur, en enchainant :

-Toi, tu ne sais pas conduire. Tu n’as pas fait les bancs. Il est interdit de dépasser sur un virage. Je conduis mieux que toi. J’ai ma carte. Gare la voiture je te la montre.

-Une carte ? Tu as plutôt une carte de vaccination, lui répondit le chauffeur.  

Autres désagréments :

Il suffisait que le chauffeur appuyât sur l’accélérateur pour qu’une odeur accompagnée d’une fumée  noire emplisse notre espace. Expliquant les motifs liés à un tel désagrément, il pointait du doigt son « chappement », déformation faite par certains mécanos locaux du pot d’échappement.

Le « 7 places » n’avait pas de tableau de bord, du moins le sien n’était plus fonctionnel : les aiguilles n’indiquaient rien car elles étaient toutes pointées vers le bas. Son éclairage était défectueux. Nous lui demandions de rouler doucement jusqu’au poste de police. N’en pouvant plus, le chauffeur nous avait finalement promis de nous trouver un autre véhicule une fois à Mbour.

Crevaison à Nguékhokh

Ironie du sort, à 1 heure  du matin, notre voiture tomba en panne au Campement de Nguékhokh. Il s’agit précisément d’une crevaison. Le comble c’est que le conducteur soutenait avoir une roue de secours quand je lui avais posé la question sitôt après l’escale forcée. Il n’en était rien : nous n’avions point de secours.

Sous une pluie battante, nous étions obligés de nous rabattre sur les autres  chauffeurs de « 7 places» passant dans les parages. Nous comprîmes en ce moment que nous avions droit à un véritable chauffeur de m… assimilable au militaire qui décidait d’aller guerroyer sans arme et sans munition comme l’a si bien rappelé un voisin T. M. D.

Plus responsables que notre chauffeur, les cinq autres interpelés soutenaient ne pas détenir le même format de pneu. A deux heures passées de quelques minutes, un chauffeur au carnet d’adresses impressionnant à la gare routière de Dakar, prit la peine de se soucier de notre sort. Il joignit par téléphone un de ses collègues restés à Dakar afin de nous trouver un autre « 7 places » qui pourrait nous mener à bon port. Ayant mené avec brio son initiative, il nous avait donné plusieurs numéros dont le sien pour que nous le tenions informé de la situation.

3h 20 minutes, un « 7 places » de couleur blanche s’immobilisa devant le nôtre. Il en descendit un chauffeur de moins de vingt et cinq ans. On s’affaira à transvaser les bagages d’un « 7 places» à           l’autre. Nous nous cotisâmes, malgré certaines voix discordantes, pour combler le gap existant entre la somme initiale reçue (65000 frs) et celle restante (44000 frs) après avoir effectué les dépenses. La somme requise fut rassemblée au bout d’une quinzaine de minutes ponctuées par des hésitations chez certains  et des initiatives encourageantes chez d’autres. Evidemment les plus pressés notamment ceux qui devaient assister à leur réunion de concertation du lendemain (mon collègue et moi) avaient donné plus de la moitié de la somme.

 Nous reprîmes la direction de Ziguinchor sous de bons auspices. A cet instant précis, nous poussâmes chacun un « ouf » de soulagement car sachant que nous venions de frôler la mort du fait d’un chauffeur insoucieux à défaut nous mettrions des jours  pour rallier Ziguinchor.

Notre nouveau chauffeur jouissait de toutes les faveurs, il nous gratifiait de la bonne musique aux sonorités locales. Comme s’il jouait, lui aussi, la  montre, il ne cessait d’appuyer sur l’accélérateur malgré l’état cahoteux des routes allant de Fatick à Keur Ayib en passant par Kaolack.

5 heures 10 minutes, nous eûmes droit à une deuxième escale à Kaolack. Le deuxième client, un des passagers lusophones, la cinquantaine environ,  devait se restaurer pour préparer sa journée de jeûne du lendemain. Pour cela, il avait trouvé refuge quelque part prés de la station-service, afin de goûter aux délices du street-food local, communément appelée en wolof « forox thiaaya ». Nous l’avions perdu de vue pendant cinq minutes avant que nous ne le localisions tranquillement assis avec sa tasse de café de touba à la main.

La Gambie, passage obligé !

A sept heures, nous nous trouvâmes au poste frontalier de Keur Ayib où nous échangeâmes nos monnaies en devise gambienne.  Notre chauffeur put se faufiler entre les longues files de véhicules dont les conducteurs attendaient depuis trois heures la reprise des activités, prévue très tôt le matin. Les Sénégalais pouvaient brandir leur carte nationale d’identité alors les autres nationalités devaient se diriger vers le bureau de contrôle pour s’occuper de leurs formalités administratives.

En territoire gambien, les militaires se sont donnés en spectacle avec des scènes dignes d’un pays en temps de guerre. Pour le show, nous aperçûmes un militaire qui avait bandé ses muscles et tenant en bandoulière son fusil : histoire de nous intimider ou de montrer qu’il était prêt à dégainer, c’est selon. La pose était réussie, il ne restait que le crépitement des flashes des appareils photo.

Pour la traversée du fleuve Gambie, il fallait descendre de notre véhicule pour marcher sur une centaine de mètres après avoir montré notre ticket. Là nous rencontrâmes des chauffeurs qui nous avaient laissé à Nguékhokh. L’occasion fut saisie par notre chauffeur bienfaiteur, celui qui nous avait mis en relation avec le jeune conducteur, pour nous montrer à quel point il y avait une structuration au sein des gares routières. Il prit un papier et avec son stylo mentionna les coordonnées des différents passagers ainsi que les sommes déboursées par chacun. Jusqu’au moment où j’écrivais cette tribune aucune suite n’avait été apportée à notre dossier.

Il y avait deux ferrys, nous embarquâmes à bord du plus  grand  à l’intérieur duquel se trouvaient des cales aménagées pour les véhicules. La traversée dura moins de dix minutes, pour un temps si court tout le monde s’était mis debout.

Nous passâmes trois heures à cette étape puisqu’il fallait attendre notre chauffeur obligé d’attendre son tour. La plupart des vendeurs trouvés sur place étaient des Sénégalais. Leurs étals regroupaient des produits suivants : lait, sucre, biscuits, huile, etc..  Pour quitter la Gambie, nous procédâmes aux mêmes formalités administratives.

Les routes sénégalaises et leurs réalités, dirions-nous.  

11 heures, nous refoulâmes le sol sénégalais, ce qui fait dire à M. Ndiaye que ce minuscule Etat que constitue la Gambie, fait partie du Sénégal. Quelques minutes auparavant, il avait demandé à un mendiant de prier pour lui étant donné qu’il venait de bénéficier d’une offrande de sa part. Autant le dire, de nos jours les nécessiteux ont cette fâcheuse habitude de tourner le dos à leur bienfaiteur sitôt le cadeau reçu. 

Enfin la Casamance et sa verdure qui nous agressait dés le premier contact. Notre attention fut captivée par ses arbres gratte-ciel, hauts de plusieurs dizaines de mètres.

Nous étions dans l’obligation de rouler en zigzags du fait de l’armée sénégalaise qui avait érigé de nombreux postes de contrôles, dans cette zone verte du pays: la rébellion casamançaise en est le facteur explicatif.

De véritables « mange-mille» malgré leur tenue :

Plus loin à quelques kilomètres de Bignona des hommes de tenue : des gendarmes et des douaniers se sont transformés en « mange-mille » mus par le seul souci de recevoir un billet de 1000 francs des deux passagers lusophones acheminant des bagages avec des factures aux origines douteuses.  Ces derniers en ont vu de toutes les couleurs, par exemple, sur une distance de moins de cinquante mètres que des agents de ces deux corporations, leur reprochant les mêmes motifs reçurent en toute indiscrétion des pots-de vin.

A 12 heures, après moult zigzags nous arrivâmes à Zig. (pour parler trivialement) après avoir goûté aux deux extrémités. Nous nous séparâmes non sans nous promettre de nous rappeler  après avoir échangé nos coordonnées.

M. DIALLO IBNOU

Doctorant ès Lettres Modernes, Option Grammaire Moderne

Professeur de Lettres Modernes (ibndiallo@gmail.com)

Blog : ibnoze.seneweb.com

 

 

 

 

 

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Date de dernière mise à jour : samedi, 16 février 2013