Louis Camara

Texte quarante et unième

Le Choix de l’Ori, Chapitre I : Au séjour des Orisha

Jadis vivaient au ciel, à une époque dont nulle mémoire n’a souvenance, trois jeunes gens  dont les seules occupations étaient les jeux et les distractions de toutes sortes.

L’un, qui portait le nom d’Orilééméré, était le fils de la nymphe Ijà, le second, Oriseeku, était la progéniture d’Ogun, le belliqueux dieu du fer et de la guerre ; quant au troisième, Afuwapé ou, plus rapidement dit Afwapé, il avait pour père Ifa Obarisha, le prince de tous les Orishas, dieu de la sagesse et de l’intelligence.

Le moins que l’on pût dire de ces trois jeunes gens est qu’ils menaient une existence heureuse, insouciante et libre, passant le plus clair de leur temps à gambader dans l’azur, à jouer à cache-cache derrière les nuages ou à poursuivre les oiseaux et autres créatures du ciel qui résonnait de leurs rires et de leurs jeux.

Ils étaient infatigables et d’une intarissable gaieté mais parfois, lorsque leurs plaisanteries dépassaient les limites permises, Egungun, le dieu-ancêtre les faisait venir à lui et les grondait sévèrement.

D’autres fois, c’est Eshu, dit Bakée, le plus malin des dieux, qui les punissait en les rendant momentanément aveugles après leur avoir saupoudré les yeux de feuilles d’Isu… C’était un châtiment terrible qu’ils craignaient plus que tout autre chose et ce n’est qu’après maintes prières et supplications qu’Eshu consentait à rendre l’usage de la vue aux trois petits malicieux, non sans leur avoir auparavant fait promettre de ne plus recommencer et les avoir obligés à présenter humblement leurs excuses aux victimes de leurs moqueries.

Mais, au fil du temps, l’âge aidant, les trois jeunes gens devenaient plus sages, murissaient et commettaient de moins en moins ces espiègleries qui sont le propre des enfants n’ayant pas encore atteint l’âge de raison.

Afwapé surtout était le plus sage des trois, le plus sage des trois, le plus pondéré et sans doute aussi, le plus intelligent … Ces qualités, il les avait, à n’en pas douter, héritées de son père Ifa Obarisha, le prince de tous les Orishas dont la sagesse infinie faisait autorité dans l’univers entier.

Oriseeku lui, était plutôt vif, parfois violent, enclin à la colère et d’un abord difficile : ce caractère lui venait peut-être en partie d’Ogun, l’orisha du fer auxquels  les autres dieux reprochaient souvent sa brutalité et son tempérament belliqueux, mais dont ils reconnaissaient aussi volontiers le naturel foncièrement débonnaire et sans rancune.

Quant à Orilééméré, fils de la douce Ija, une nymphe des eaux, il était plutôt timide, peu batailleur et très influençable ; cela évidemment ne pouvait manquer de lui valoir bien souvent les foudres de l’irascible Oriseeku.

Fort heureusement pour lui, Afwapé était toujours là pour s’interposer et prendre sa défense quand il le fallait.

La vie au ciel, nous l’avons dit, était des plus agréables et, il ne se passait de jour sans que soient organisées des fêtes et des libations qui réjouissaient les dieux ainsi que les heureux élus humains qui avaient gagné le droit de séjourner auprès d’eux après leur mort.

Les uns et les autres y jouissaient d’un bonheur sans mélange, que rien ne pouvait assombrir … un bonheur éternel et sans nuages comme en rêvent tout au long de leur existence les humains qui vivent sur terre.

Un jour pourtant, (nul ne sut jamais pourquoi, ni à quel moment), Afwapé, Oriseeku et Orilééméré, décidèrent de quitter le ciel pour aller s’établir sur … la  Terre !

D’aucuns pensent que c’est Eshu, l’espiègle et malicieux Eshu, qui fit naître en eux cette idée pour le moins singulière, pour ne pas dire saugrenue … Ce n’est là cependant qu’une supposition et personne en fait n’a jamais pu en déterminer le motif exact.

Mais laissons là ces hypothèses et voyons plutôt ce qui devait arriver  par la suite aux trois amis.

Apr2s concertation, il fut décidé (malgré la réticence d’Oriseeku qui n’approuvait guère cette initiative) qu’ils iraient voir les anciens du ciel pour leur faire part de leur projet  et leur demander conseil comme il se devait en pareil cas.

                                         Louis Camara, Le Choix de l’Ori[1], Xamal Editions Saint-Louis, 1997.

Quelques axes de lecture

-          Etablir le schéma narratif du texte

-          Valeur des temps  verbaux (une attention particulière sera accordée à l’imparfait de l’indicatif)

-          Place du narrateur dans le récit

-          Le merveilleux dans le conte : des faits réels ou fictifs

-          Place du temps et de l’espace dans ce  chapitre

 

Bon dimanche à tous

 

 


[1] Grand Prix du président de la République pour les Lettres -1996-

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