L’écrivaine Mariama Bâ, texte treizième :

Autre dimanche, autre auteure

Aïssatou,

J’ai reçu ton mot. En guise de réponse, j’ouvre ce cahier, point d’appui dans mon désarroi : notre longue pratique m’a enseigné que la confidence noie la douleur.

Ton existence dans ma vie n’est point hasard. Nos grand-mères, dont les concessions étaient séparées par une tapade, échangeaient journellement des messages. Nos mères se disputaient la garde de nos oncles et tantes. Nous, nous avons usé pagnes et sandales sur le même chemin caillouteux de l’école coranique. Nous avons enfoui, dans les mêmes trous, nos dents de lait, en implorant Fée-Souris de nous les restituer plus belles.

Si les rêves meurent en traversant les ans et les réalités, je garde intacts mes souvenirs, sel de ma mémoire.

Je t’invoque. Le passé renaît avec son cortège d’émotions. Je ferme les yeux. Flux et reflux de sensations : chaleur et éblouissement, les feux de bois ; délice dans notre bouche gourmande, la mangue verte pimentée, mordue à tour de rôle. Je ferme les yeux. Flux t reflux d’images ; visage ocre de ta mère constellé de gouttelettes de sueur, à la sortie des cuisines ; procession jacassante des fillettes trempées, revenant des fontaines.

Le même parcours nous a conduites de l’adolescence à la maturité où le passé féconde le présent.

Amie, amie, amie ! Je t’appelle trois fois. Hier, tu as divorcé. Aujourd’hui, je suis veuve.

Mariama Bâ, Une si longue lettre, NEAS-ACCT, 1979.

Quelques axes de lecture

-          Les marques du roman épistolaire

-          Les marques du lyrisme

-          Des phrases aux allures de vérités générales

-          Un incipit[1] révélateur de l’amitié et de la complicité entre deux femmes

-          Un passé commun matérialisé par la première personne du pluriel

-          Des réalités sociétales sénégalaises omniprésentes

-          Les marques du roman épistolaire

-          En quoi l’interpellation « Amie, amie, amie ! » est-elle l’expression d’un sujet capital à aborder ?

-          Repérage de figures de style : anaphore, métaphore, parallélisme, antithèse, etc.

Point grammatical : Le participe passé employé avec l’auxiliaire avoir

Règle : Le participe passé employé avec l’auxiliaire avoir s’accorde en genre et en nombre quand le complément d’objet direct est placé avant le participe :

Exemple : « Le même parcours nous a conduites »  ( nous est le complément d’objet direct)

  • S’il n’y a pas de complément d’’objet direct : il n’y a pas d’accord de même que si le complément d’objet direct est placé après.

Exemples : « tu as divorcé »

« nous avons usé pagnes et sandales »

« notre longue pratique m’a enseigné que la confidence noie la douleur »

Paronymie

  • Caillouteux (rempli de cailloux) # cahoteux (provoque des cahots, des secousses) : un chemin caillouteux ; un chemin cahoteux.
  • NB : Nous avons choisi un pan de cette si  longue lettre dont Ramatoulaye en est la rédactrice, le destinateur.   

A vos claviers, participez !

03/08/2014

[1] Premiers mots d’un livre

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Date de dernière mise à jour : mardi, 24 mars 2015