Bernard VOYENNE

Texte cent-cinquante-sixième

 Texte choisi : " LES POUVOIRS DE LA PRESSE" de Bernard VOYENNE
I- Présentation de l'auteur :  Bernard VOYENNE ( 1920-2003) est un écrivain et  journaliste français. Il fut secrétaire de rédaction à Ce soir, Terre des hommes et Combat; Directeur de la Revue de la pensée française et Professeur au Centre de formation et de perfectionnement des journalistes.

II- Texte : LES POUVOIRS DE LA PRESSE 
Les journaux sont maitres de leur contenu. Ils le choisissent et le disposent comme ils l’entendent. Cet arrangement suppose toujours une échelle de valeur ; ce qui est retenu est présumé être l’essentiel et d’autant plus important que mieux placé ; ce qui est passé sous silence ou n’ est dit qu’à mi-voix est tenu pour négligeable. Le principe de cette sélection n’est pas en cause car elle est inévitable généralement heureuse pour le lecteur. Mais son caractère en partie subjectif ne peut être compensé que par l’honnêteté et la compétence des informateurs. Que ceux-ci, volontairement ou non, en viennent à substituer un classement passionnel à celui que suggère l’examen impartial des événements, et c’est l’ordre des choses qui se trouve ainsi bouleversée vie de conduire vers les conclusions les moins fondées qui sont aussi les plus favorables à la cause que l’on défend.
La fausse nouvelle à l’état pur n'existe pour ainsi dire plus et ne serait d’ailleurs pas efficace parce qu’elle se détruit elle-méme. Mais la nouvelle passée, sous silence ou tronquée par une intervention délibérée est bien plus fréquente. Quant à l’information orientée, plus ou moins refaite, affectée d’un coefficient mensonger, il faut bien reconnaitre son caractère à peu prés habituel…..
En effet si le plaidoyer n’est pas toujours convaincant, parce qu’il suscite immédiatement une défense psychologique, l’ironie, le mépris, la louange bref tout ce qui colore les faits sans avoir l’air d’y toucher porte bien davantage. Le livre est  ce monstre qui nous berne, nous aliène, donc nous déforme. Le lecteur ou l’auditeur, dans l’ensemble peu sensibles aux nuances, n’ont pas raison, a priori, de se méfier. Ils n’en sont que mieux abusés par un jeu subtil qui les fait mordre à un hameçon soigneusement dissimulé.
La complicité est acquise à celui qui a su mettre les rieurs (ou les furieux ) de son coté, sans avoir paru un seul instant se départir de son impassibilité. Et là encore les journaux qui manifestent le moins leur opinion ,ceux qui se réclament de « la pure information » réussissent le mieux quand ils le veulent, ce travail de captation [...] 
Au-delà des détails et des techniques utilisées, ce qu’il faut voir ici c’est une méthode générale d’action sur autrui qui suscite, cristallise, "téléguide " et par là méme,modifie des attitudes et des comportements sans jamais peut-être avoir explicitement défendu une opinion ni conseillé une action. Le pouvoir de la presse réside essentiellement dans l’amplification qu’elle donne aux faits et gestes, ou leur refuse. Qu’elle parle ou qu’elle se taise, toujours son effet sera démultiplié. Elle inscrit dans le social l’écho d’un événement ou, au contraire ,lui interdit cette consécration ;elle authentifie ou elle étouffe. Celui qu’elle désigne est, du même coup, célèbre et celui qu’elle méconnait ne peut rien contre son arrèt. Elle donne à la vérité comme au mensonge une dimension qu’elle est seule à pouvoir offrir. La presse n’est pas maitresse de l'événement, ni même des sentiments qu’il éveille. Mais elle l’est dans une large mesure du retentissement que l’événement aura et, par conséquent, de la réponse qui leur sera faite.
               Bernard VOYENNE, La presse dans la société contemporaine T Coll. « U », Armand Colin, Paris, 1962.

III- Quelques axes de lecture 
- Une sélection obligatoire 
- Le caractère subjectif de la sélection 
- Le pouvoir de la presse 
Quelques phrases sélectionnées 
" Mais son caractère en partie subjectif ne peut être compensé que par l’honnêteté et la compétence des informateurs. "
-" La fausse nouvelle à l’état pur n'existe pour ainsi dire plus [...] Mais la nouvelle passée, sous silence ou tronquée par une intervention délibérée est bien plus fréquente"
- "  Le livre est  ce monstre qui nous berne, nous aliène, donc nous déforme. "
- " Le pouvoir de la presse réside essentiellement dans l’amplification qu’elle donne aux faits et gestes, ou leur refuse."
- " Elle donne à la vérité comme au mensonge une dimension qu’elle est seule à pouvoir offrir. "

 

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