Germinal d'Emile Zola

Extrait

Texte vingt troisième                                                                                                                                                     12/10/2014

De Montsou au coron, Etienne et Maheu n’échangèrent pas une parole. Lorsque ce dernier entra, la Maheude, qui était seule avec les enfants, remarqua tout de suite qu’il avait les mains vides.

-Eh bien, tu es gentil ! dit-elle. Et mon café, et mon sucre, et la viande ? Un morceau de veau ne t’aurait pas ruiné.

  Il ne répondait point, étranglé d’une émotion qu’il renfonçait. Puis, dans ce visage épais d’homme durci aux travaux des mines, il y eut un gonflement de désespoir, et de grosses larmes crevèrent des yeux, tombèrent en pluie chaude. Il s’était abattu sur une chaise, il pleurait comme un enfant, en jetant les cinquante francs sur la table.

-          Tien ! bégaya-t-il, voilà ce que je te rapporte… C’est notre travail à tous.

La Maheude regarda Etienne, le vit muet et accablé. Alors, elle pleura aussi. Comment faire vivre neuf personnes, avec cinquante francs pour quinze jours ? Son ainé les avait quittés, le vieux ne pouvait plus remuer les jambes ; c’est la mort bientôt. Alzire se jeta au cou de sa mère, bouleversée de l’entendre pleurer. Estelle hurlait, Léonore et Henri sanglotaient.

 Et, du coron entier, monta bientôt le même cri de misère. Les hommes étaient rentrés, chaque ménage se lamentait devant le désastre de cette paie mauvaise. Des portes se rouvrirent, des femmes parurent, criant au-dehors, comme si leurs plaintes n’eussent pu tenir sous les plafonds des maisons closes. Une pluie fine tombait, mais elles  ne la sentaient pas, elles s’appelaient sur les trottoirs, elles se montraient, dans le creux de leur main, l’argent touché.

-Regardez ! Ils lui ont donné ça, n’est-ce pas se foutre du monde ?

-Moi, voyez ! Je n’ai seulement pas de quoi payer le pain de la quinzaine.

-Et moi donc ! Comptez un peu, il me faudra encore vendre mes chemises.

La Maheude était sortie comme les autres. Un groupe se forma autour de Levaque, qui criait le plus fort ; car son soûlard de mari n’avait pas même reparu, elle devinait que, grosse ou petite, la paie allait se fondre au Volcan. Philomène guettait Maheu, pour que Zacharie n’entamât point la monnaie. Et il n’y avait que la Pierronne qui semblât assez calme, ce cafard de Pierron s’arrangeant toujours, on ne savait comment, de manière à avoir sur le livret du porion, plus d’heures que les camarades. Mais la Brûlé trouvait ça lâche de la part de son gendre, elle était avec celles qui s’emportaient, maigre et droite au milieu du groupe, le poing tendu vers Montsou.

Emile Zola, Germinal, troisième partie, chapitre IV,

Quelques axes de lecture

- Une peinture de la misère d’une famille d’ouvriers, une misère à la fois matérielle et morale

-Les femmes préoccupées par la nourriture de la famille

- Une désespoir collectif : de la famille Maheu à tout le coron

- L’iniquité d’une paie

- Une injustice insupportable pour les mineurs

-  Les registres de langue

- Repérage de figures de style : comparaison, énumération, interrogation oratoire, hyperbole, personnification, métonymie, antiphrase, etc.

Grammaire

Les registres de langue[1]

Il en existe 3 qui sont employés en fonction des situations :

1-      Le registre courant : On l’utilise dans une situation ordinaire pour transmettre un message de la vie courante.

On emploie des mots courants, ni familiers, ni recherchés. La construction de la phrase est correcte, sans recherche d’effet de style.

2-      Le registre familier : On l’utilise dans une relation de familiarité sans faire d’effort pour s’exprimer correctement. Le registre familier n’est pas un registre vulgaire même s’il peut le devenir.

3-      Le registre soutenu : On l’utilise chaque fois qu’on veut marquer un écart avec une langue courante, soit parce que les circonstances l’imposent (discours officiel), soit parce que l’on veut se distinguer.

 

 

[1] S Leroy, G Baille, L Rabier, Grammaire et Expression, 4e/3e Technologiques, NATHAN, France, 1993.

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Date de dernière mise à jour : dimanche, 09 octobre 2016