La préface de Nini

Mulâtresse du Sénégal

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   "Nini n'est pas, comme d'aucuns le pensent, un acte d'accusation qu'expliquerait une déception amoureuse de l'auteur.
Nini est l'éternel portrait moral de la mulâtresse, qu'elle soit du Sénégal, des Antilles ou des Amériques. C'est le portrait de l'être physiquement et moralement hybride qui, dans l'inconscience de ses réactions les plus spontanées, cherche toujours à s'élever au-dessus de la condition qui lui est faite, c'est-à-dire au-dessus d'une humanité qu'il considère comme inférieure mais à laquelle un destin le lie inexorablement.
On peut plaindre cette catégorie d'être ou la blâmer. Je crois qu'il est plus charitable de ne la plaindre ni de la blâmer, mais de lui offrir, comme dans un miroir, la réalité de ce qu'elle est. Ce n'est pas agir en moraliste ou en bourreau mais en philanthrope.
         Le cas des mulâtresses devient, en effet, passionnant au moment où le monde paraît s'orienter vers la régénérescence de certaines races par un brassage volontaire d'éléments distincts où le mythe races supérieures et de races inférieures tend à disparaître, du moins en théorie, où des unions mixtes ont lieu maintenant, chaque jour, entre individus de races différentes.
        Des hommes sérieux, intéressés à la question, m'ont dit que Nini est dépassé, mais je ne les crois pas. A mon avis, ils ont simplement confondu deux choses bien différentes : durée et actualité.
         Nous voudrions bien comme eux que Nini soit en effet un simple document à ranger parmi les pièces d'archives vétustes et millénaires. Ce serait de tout repos pour tout le monde, aussi bien pour eux que pour moi et pour tous ceux qui liront Nini.
      Mais en est-il ainsi ?
       L'histoire nous le dira."
        Abdoulaye Sadji, préface de Nini mulâtresse du Sénégal, Paris, Présence africaine, 1948.
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