Extrait de Sabaru Jinne de PSK

Texte choisi : « La visite de Massata »

  • Présentation de l’auteur : Le journaliste et chroniqueur Pape Samba Kane publia en 2018  son premier recueil poétique À  tire d'Elles. Il avait auparavant publié, entre autres,  son roman Sabaru Jinne : Les Tam-tams du diable,  en 2015.  

Texte :

Massata a quitté Yenn, après quelques semaines de cauchemars, sous bonne escorte de trois amis, Matouty, Aliyuun et Lamine, qui étaient déjà tous passés au 114. Soit l’un sans les autres, soit deux d’entre eux ensemble, parfois pour des séjours plus ou moins longs. Mais cette fois-ci, quand ils ont eu vent des misères que leur ami y traînait, ils y sont descendus tous les trois, comme un commando décidé à l’exfiltrer d’une zone ennemie. Mais Massata n’était pas en zone ennemie, il était devenu son propre ennemi.

Parmi ceux qui étaient restés au 114- le projet se délitant, le «  Nouveau cinéma » sénégalais s’annonçant mort-né, beaucoup avaient repris une vie normale- personne n’était vraiment heureux de ce qui lui arrivait, mais nul ne disposait de la capacité d’écoute nécessaire à son délire paranoïaque de l’époque. Nul ne disposait des mots aptes à irriguer son cœur desséché. Même sa flûte n’arrivait plus à produire un son apte à apaiser son cœur se consumant.

Et Ken Mbaye qui, quand elle y séjournait, quelquefois pour de longues périodes, et que sa présence apportait de la curiosité et de la lumière dans les esprits, de l’amour dans les cœurs et de la sagesse dans les âmes, n’avait rien pu faire. Un jour, un de ces jours où il n’était plus que l’ombre de lui-même, il avait emprunté un car bancal sur la route nationale, puis un autre plus bancal encore, puis un autre jusqu’à Nguinginew, et après une charrette et une autre jusqu’à Malem Hoddar, le village natal de Ken. La visite de Massata était une surprise pour elle, mais la folie qu’elle représentait ne la surprit pas.

Massata avait parcouru tous ces kilomètres pour venir pleurer sur son épaule une histoire d’amour qui avait mal tourné. Elle pouvait comprendre cela. Elle pouvait tout  comprendre Ken Mbaye. Mais elle n’essaya pas de comprendre que Massata puisse parler d’injustice à propos de ce qui lui arrivait. «  Pourquoi penses-tu que cela soit injuste ? » Il y avait quelque chose d’énigmatique dans la question de son amie, après qu’il lui avait raconté l’incroyable histoire, cette fiction que Victor avait transformée en une réalité si blessante pour Josiane.

Ce soir-là, sous le ciel bas et étoilé de son village, au lieu de lui parler de lune ou de l’astrologie chinoise, ou de l’un quelconque de ses thèmes de prédilection. – Le Coran ou la Thora, le Talmud ou Talaatay Nder- sur lesquels elle pouvait être intarissable des nuits entières, Ken lui avait parlé de la folie et puis de la fiction. Sur cette dernière, après des périphrases imagées dont elle seule a le secret, elle avait fini par conclure : «  Nous sommes nous-mêmes de la fiction, nos façons de vivre sont des façons de fiction ; comme si elles avaient été imaginées par un romancier ».

Pape Samba Kane, Sabaru Jinne, Les Tam-tams du diable, Les éditions feu de brousse, 2015.

  • Quelques axes de lecture

- Une amitié sincère : entre Massata, Matouty, Aliyuun , Lamine et Ken

- La complicité entre Massata et Ken dans le roman ; entre les deux écrivains PSK et Ken Bugul dans la réalité

- Les temps du récit

- Repérage et interprétation de figures de style : comparaison, métaphore, hyperbole, énumération, ellipse, etc.

  • Insistons sur :
  1. Le participe présent

«  Le participe présent est une des formes impersonnelles du verbe. » Il se termine toujours par –ant, quel que soit le groupe du verbe.

Exemple : «  le «  Nouveau cinéma » sénégalais s’annonçant mort-né »

« Même sa flûte n’arrivait plus à produire un son apte à apaiser son cœur se consumant »

2- Une métaphore filée

Avec la métaphore, on met en relation deux éléments qui se ressemblent sans utiliser un outil comparatif explicite. Quand la métaphore s’étale sur plusieurs mots, lignes ou vers, on parle de métaphore filée.

Exemple : « Nul ne disposait des mots aptes à irriguer son cœur desséché. »

Dans cet exemple, les mots sont comme l’eau

3- Les temps du récit

Pour raconte une histoire, le narrateur peut utiliser l’imparfait de l’indicatif, la passé simple, le passé composé, ou même le présent de l’indicatif.

Pour rappel, l’imparfait de l’indicatif peut être utilisé pour décrire une situation ou exprimer une action qui se déroule dans le passé, sans montrer le commencement ou la fin.

Exemple :  « beaucoup avaient repris une vie normale- personne n’était vraiment heureux de ce qui lui arrivait, mais nul ne disposait de la capacité d’écoute nécessaire à son délire paranoïaque de l’époque. Nul ne disposait des mots aptes à irriguer son cœur desséché. »

4-L’emploi de la conjonction de subordination «  après que »

Le verbe de la subordonnée circonstancielle de temps est à l’indicatif quand on emploie la conjonction de subordination «  après que ».

Exemple : « Il y avait quelque chose d’énigmatique dans la question de son amie, après qu’il lui avait raconté l’incroyable histoire, cette fiction que Victor avait transformée en une réalité si blessante pour Josiane. »

10/02/2019

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Date de dernière mise à jour : dimanche, 10 février 2019