Régis Debray, " Les mots et les choses "

Texte cent quatre-vingt-onzième

Texte choisi : " Les mots et les choses" de Régis Debray
I- Présentation de l'auteur : Régis Debray, né le 2 septembre 1940 à Paris, est un écrivain, philosophe et haut fonctionnaire français. 
II- Texte : Les mots et les choses
- Ôte-moi d'un doute. Démocratie et République, cela veut dire la même chose ?
- Ce serait un peu trop optimiste. Commençons par l'étymologie. Démocratie vient du grec et veut dire " pouvoir du peuple". République vient du latin et veut seulement dire " la chose commune" : Res publica. C'est le terme générique qu'employaient les anciens philosophes, Platon, Cicéron, Bodin, pour désigner n'importe quel " État régi par des lois". C'est depuis peu que République a pris son sens, actuel et précis, d'association politique fondée sur la libre adhésion des personnes à un idéal partagé.
- Alors, ça veut dire qu'une république, c'est toujours plus démocratique ?
- Tes manuels d'histoire ne seraient pas de cet avis. La République romaine, où vivaient une majorité d'esclaves, était aux mains des praticiens. Dans la république de Venise, les doges, élus à vie, se conduisaient en tyrans; la république de Florence était gouvernée par une aristocratie ; et celle de Cromwell était une dictature militaire. On parlait dans ces cas-là de " république" simplement pour signaler l'absence de toi. On demande un peu plus aux républiques d'aujourd'hui.
- Comment expliques-tu alors qu'un peuple tout entier, comme en Espagne avec Juan Carlos, aime son roi et se reconnaisse en lui, bien plus que nous dans le président ?
- Ah," le charme séculaire de la monarchie", comme disait Jaurès. Je t'accorde qu'une monarchie peut avoir plus de couleurs et de chaleur que nos républiques un peu froides et pâlichonnes. Oui, il arrive que les rois et les princesses aient une certaine aura. Un reste d'élection divine. Mais ce sont des personnes interchangeables, qui doivent tout à l'hérédité, tandis que nos presidents sont choisis pour leurs qualités propres, ou celles qu'on leur suppose. Le pedigree est bon pour les chevaux de course, non pour des républicains. Mais c'est vrai, il n'y a pas de " famille présidentielle", d'où une moindre surface de rayonnement. La fille ou le frère d'un roi est un personnage public, à la charge du Budget ; les parents d'un président restent des personnes privées. Et puis, un président de la République est soumis à la loi commune. Sa personne n'est pas sacrée. Il peut être traduit devant les tribunaux. Son pouvoir vient d'en bas, de nous. L'autorité d'un monarque vient d'en haut. Où venait. Car des monarques de droit divin, il n'en subsiste plus guère, à part le souverain pontife et le dalaï-lama.
Mais roi ou président, on trouve toujours une photo en couleurs du chef de l'État dans les mairies, les commissariats, les bureaux. 
- Sauf que nous décrochons le portrait du président quand il a fini son mandat, de sept ou quatorze ans ; alors qu'on garde l'image du roi ou de la reine tant qu'ils sont en vie. L'effigie d'un président ne valorise pas une personne, elle personnifie une valeur.
Régis Debray, La République expliquée à ma fille, Seuil, 1998.
III- Quelques axes de lecture
- Établir la situation d'énonciation : qui sont les deux interlocuteurs ?
- De quoi est-il question ?
- Qui pose les questions ? Qui répond aux questions ?
IV- Insistons sur :
1- Le texte explicatif 
" Un texte explicatif est un texte informatif qui r pond aux questions Pourquoi ? Comment ?
Pour lire un dialogue explicatif et comprendre la progression de l'explication, il faut repérer :
- qui sont les interlocuteurs;
- quel est le thème du dialogue, son point de départ et la conclusion à laquelle il aboutit ;
- l'enchaînement des questions et des réponses, souligné ou non par l'emploi de connecteurs logiques 
- si le dialogue est purement explicatif, ou si l'explication vise aussi à éduquer, à convaincre ...
2- Quelques phrases porteuses de vérités générales
" Démocratie vient du grec et veut dire " pouvoir du peuple". 
" République vient du latin et veut seulement dire " la chose commune" : Res publica."
" République a pris son sens, actuel et précis, d'association politique fondée sur la libre adhésion des personnes à un idéal partagé." 
" Nos presidents sont choisis pour leurs qualités propres, ou celles qu'on leur suppose."
" Les parents d'un président restent des personnes privées. Et puis, un président de la République est soumis à la loi commune. Sa personne n'est pas sacrée."
" Il peut être traduit devant les tribunaux. Son pouvoir vient d'en bas, de nous. L'autorité d'un monarque vient d'en haut." 
" On trouve toujours une photo en couleurs du chef de l'État dans les mairies, les commissariats, les bureaux. "
" L'effigie d'un président ne valorise pas une personne, elle personnifie une valeur." 
Sources : 
Régis Debray, La République expliquée à ma fille, Seuil, 1998.
Français 3e, L'art de lire, Bordas, 1999.

25/03/2018

 

Aucune note. Soyez le premier à attribuer une note !

Ajouter un commentaire